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Le Philharmonique de Strasbourg rend hommage à Chostakovitch et Bruckner

Avec de tels compositeurs, on aurait pu croire que le Philharmonique de Strasbourg s'offrait sans risque une soirée de grand répertoire. C'aurait été méconnaitre les difficultés de ces œuvres peu jouées.

 

Le Concerto pour violoncelle n° 1 de est habituellement décrit comme traversé de rage, de plainte et d'ironie, comme une forme de sarcasme contre l'oppression stalinienne. Si effectivement des grincements de dents s'entendent, et si la violence y est bien présente (notamment dans la Cadenza), on y trouve aussi une longue méditation dans le Moderato et des moments d'évaporation éthérée proches du sublime (le célesta…). Admirablement secondé par le Philharmonique en petit effectif, , super-soliste du même orchestre, délivre une interprétation habitée et virtuose. Il tire de son instrument, un Storioni du XVIIIe siècle, un son qui n'est pas excessivement ample, mais doux, boisé et velouté, et qui fait étrangement penser à Mozart. Ceci donne alors un second plan de grâce et de tendresse tout à fait surprenant, et l'effet est réellement émouvant. dirige avec une précision rythmique extrême, et le final explosif est impressionnant. Ovationné par le public, donne en bis la Sarabande de Bach, aussi intériorisée que le précédent Moderato.

La Symphonie n°1 de Bruckner réunit un effectif beaucoup plus fourni, et sur une confidence d'un des membres de l'orchestre, on apprend qu'aucun d'entre eux n'a jamais joué cette partition. Et c'est une écriture difficile, agitée, nerveuse, avec de vraies difficultés de solfège. Mais il en faut plus pour impressionner « le Philhar' » et chaque pupitre joue sa partie avec passion et précision. Toujours sobre dans sa gestuelle, impose une pulsation juste, énergique mais bien mesurée, qui laisse émerger les phrases lyriques jusqu'à la jubilation, et sourdre les frémissements les plus délicats. Surtout, il arrive à bien équilibrer le volume de chaque pupitre, et comme dans son précédent concert à Strasbourg, la cohésion de la construction sonore d'ensemble est remarquable. Seule peccadille : on entend les coutures dues aux divers remaniements opérés par le compositeur (c'est ce soir la 3e version dite de Vienne 1891), mais ce n'est pas la faute ni du chef ni de l'orchestre.

Une soirée plutôt courte, mais intense, et un vrai défi pour l'OPS, relevé haut-la-main sous la direction inspirée de .

Crédits photographiques © Gregory Massat

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