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La couleur de la Grenade de Merzouki : quand le hip hop rend hommage à l’Arménie

En s'intéressant à Sayat Nova, film culte du réalisateur arménien Sergeï Paradjanov, crée un magnifique spectacle hommage où la danse fait écho à l'image filmée.

 

C'est toujours un défi que de se plonger dans une culture que l'on ne connait pas du tout. C'est se mettre en danger, c'est découvrir et imaginer, en prenant des chemins de traverse respectueux. C'est bien ce qu'a réussi (dont on célèbre cette année les 30 ans de sa compagnie Käfig) en s'intéressant à la culture arménienne après avoir séjourné dans ce pays en 2022. Il décide alors, en compagnie de la metteuse en scène , de rendre hommage à un film stupéfiant : La Couleur de la Grenade du réalisateur arménien Sergei Paradjanov (dont on célébrait en 2024 le centenaire de sa naissance). Sorti en 1969, ce film non narratif et rebelle revenait sur la vie du poète arménien Sayat-Nova en plusieurs étapes, qui sont avant tout d'incroyables miniatures colorées, où des personnages de tableaux quasi surréalistes prennent vie, sans faire grand-chose (le film est quasi muet), juste en évoluant dans le champ de la caméra. C'est un story-board vivant, et en cela, la danse de est un parfait support pour revisiter cette œuvre culte.

Point n'est besoin de connaître le film pour apprécier l'immense poésie de cette version chorégraphiée. Mais pour les connaisseurs, on y retrouvera avec joie, certains tableaux du film comme ces nonnes aux ombrelles, ces prêtres en robe de bure, ces livres grimoires étalés sur la scène, cette échelle récurrente dans le film, ces tapis kilims qui descendent du ciel, ou cette robe somptueuse d'une femme reine. Les décors, les accessoires, les lumières surtout, sont travaillés avec beaucoup de finesse, et enrobent la danse en prenant possession du plateau avec grande intelligence.

 

Mais surtout, la danse y est, elle aussi, d'une très belle teneur. Les figures de hip hop ne sont jamais travaillées dans la force, mais avec une poésie si raffinée, qu'elles en deviennent une simple extension mentale du danseur. Entre hip hop et contemporain, on y verra aussi un hommage à la Berezhka, cette danse slave où femmes ou hommes glissent au sol à grande vitesse donnant l'impression d'être montés sur roulettes.

En une trop courte heure de spectacle, Mourad Merzouki et ses sept danseurs (dont quatre garçons exceptionnels) nous emmènent ailleurs, dans un monde poétique, grâcieux  et intemporel, tel un temps suspendu dans un monde actuel oppressant, dont on imagine qu'il fût aussi – en son temps – l'objectif de Sergei Paradjanov, cinéaste banni de son vivant par le pouvoir soviétique.

Crédits photographiques : © Mourad Merzouki/

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