Le succès de la nouvelle production rennaise de Lucia di Lammermoor repose avant tout sur la qualité et l'homogénéité d'une jeune distribution emmenée par l'exquise Lucia de Laura Ulloa.
Au printemps 2021, l'Opéra de Rennes devait accueillir Lucia di Lammermoor dans une production importée signée Stefano Vizioli. La pandémie en avait décidé autrement. Aujourd'hui, c'est une nouvelle production du chef d'œuvre du bel canto romantique qui a été confiée à Simon Delétang, directeur du Théâtre de Lorient, qui signe sa première mise en scène lyrique.
Pour l'occasion, l'Opéra de Rennes a réuni une distribution de haut niveau autour de trois protagonistes peu connus sur les scènes hexagonales mais qui partagent crédibilité physique, générosité des moyens vocaux et adéquation stylistique. Le baryton chypriote Stavros Mantis, haut de stature et doté d'un instrument éclatant, campe ainsi un Enrico de la meilleure école, impressionnant dès « La pietade in suo favore ». En Edgardo, le ténor colombien César Cortés évolue sur les mêmes cimes avec des moyens séduisants et un irréprochable respect stylistique. Les rôles de complément sont très bien tenus avec mention pour le solide Raimondo de Jean-Vincent Blot, habitué de la scène rennaise.
Les lauriers de la soirée reviennent à la ravissante soprano cubaine Laura Ulloa qui incarne le rôle-titre avec une délicieuse sensibilité et dont il faut saluer la beauté du timbre sur toute l'étendue de la tessiture, l'aisance dans le suraigu et les vocalises aériennes. Sans posséder les fulgurantes intuitions musicales qui rendaient inoubliable la Lucia de Patrizia Ciofi à Bastille en 2013, elle campe une héroïne sincère et frémissante qui emporte toutes les réserves et s'impose dans l'air de la folie où elle déploie des trésors de musicalité.
À la tête d'un Orchestre national de Bretagne qui semble parfois contraint par les choix interprétatifs du chef, si l'on excepte la petite harmonie et la harpiste Léa Mesnil qui signe un admirable solo, Jakob Lehmann entreprend de libérer l'œuvre du poids de la tradition pour se rapprocher de la vision originale de Donizetti, en revenant à la tonalité originale et en éliminant les fioritures ajoutées au fil des décennies. Le résultat est aussi surprenant que convaincant et cette lecture vive et précise fait en tous points honneur à l'ouvrage.
Dans un dispositif scénique épuré, constitué d'arcades agrémentées de rares éléments de mobilier et surmontées de la devise Amor vincit omnia, où il revient aux seules lumières de suggérer les atmosphères, Simon Delétang signe une mise en scène toujours respectueuse de l'œuvre et lisible, avec une direction d'acteurs assez traditionnelle. L'essentiel reste ailleurs, dans la magie des voix.