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Daniel Schnyder et Christoph Croisé emportés par le swing

Consacré aux œuvres du compositeur suisse , cet album réunit deux concertos commandés par et plusieurs pièces en création mondiale. 

Le langage de va au plus profond des origines non-européennes et plus loin que Darius Milhaud avec ses rythmes brésiliens ou Georges Gershwin et son affinité pour le jazz. Schnyder aspire à une musique universelle, inspirée de l'hémisphère sud, de l'Amérique et de l'Orient. Comme compositeur il s'inspire d'un large éventail de cultures diverses, ce que signalent les titres comme Voyage exotique, A Nightmare, ou Karamba Island, des pièces où la percussion ne fonctionne pas seulement comme châssis rythmique pour l'orchestre, mais comme partenaires du soliste. Son affinité pour la cadence l'a amené à explorer le patrimoine musical de l'Amérique latine, de l'Orient ou de l'Afrique dont les rythmes lui ont inspiré une vision improvisatrice de la musique. Dès lors la rencontre de son compatriote suisse est une aubaine, ce compositeur-saxophoniste dont les œuvres, toujours à cheval entre les structures classiques et le jazz de toutes origines, correspondent parfaitement au goût du violoncelliste, de là leur collaboration depuis dix ans.

Ensemble de cordes avec percussion, le fondé par le violoncelliste , ouvre le Concerto pour violoncelle, percussion et orchestre à cordes le long d'une avancée en syncopes. Après les premières attaques du soliste dans les graves, le violoncelle de Croisé prend son essor pour annoncer dans l'aigu le chant syncopé basé sur le rythme de la bossa nova frappé par le percussionniste Ruven Ruppik sur son bongo, une cantilène lancée par une montée en accélérée où, dans un swing vibrant, le rythme oscille entre le binaire et le ternaire. Le mouvement lent nous gratifie d'un dialogue lyrique entre le soliste et le premier violon à caractère improvisateur, avant qu'éclate en trombe le dernier mouvement basé sur le matériel rythmique du premier, un allegro effréné, n'étaient les interludes cristallins chantés dans les aigus par le soliste voltigeant dans une sphère fantasmagorique.

Enregistré en première mondiale, le triple concerto pour saxophone, violoncelle et percussion et orchestre intitulé Concerto populaire, avec le compositeur au saxophone, démarre vigoureusement sur le rythme binaire d'un 6/8 transformé par la syncope en un 3/4, un « drive » entrecoupé d'une espèce de cadence des deux solistes où les pizzicati du violoncelle miment la contrebasse – un numéro proche du free jazz. Au mouvement lent le violoncelle déploie tout le volume de sa résonance dans les registres graves développant une sonorité orchestrale.

Parmi les autres pièces comme la Sonate de jazz pour violoncelle et piano caractérisée par la motricité fébrile du piano (Alexander Panfilov) aux accents syncopés d'une part et où surgit un blues accompagné des pizzicati du violoncelle, et Cello Blu avec accompagnement du clavecin (Peter Gorobets), ou Karachi,  un morceau d'inspiration asiatique pour la même formation comme le Concerto populaire, nous retenons surtout Cubac, une pièce pour huit violoncelles interprétée par la . L'ensemble y établit d'abord la structure rythmique d'un rumba cubain au-dessus de laquelle le soliste se lance sur une escalade pour un chant éthérée dans les aigus tout en s'alignant aux figures syncopées qui constituent la charpente. Les arrêts intermittents
ne font que propulser davantage le thème à l'unisson et sa transformation polyphonique.

Ad Aeternam, enregistré en création mondiale, est écrit à la mémoire de Daniel Pezzotti, le violoncelliste et musicien de jazz, un ami proche de Daniel Schnyder. Après quelques accords lugubres du piano dilués par la pédale, tels les coups d'une cloche, le violoncelle introduit son chant « de profundis » parti des graves et suivi de méandres mélodiques qui englobent toute la tessiture de l'instrument. Fidèle aux harmonies tonales la pièce prend une tournure dramatique par l'extension puissante du piano, avant que s'installe le discours conciliant du violoncelle qui s'apprête à escalader l'Échelle de Jacob pour s'évanouir dans le susurrement d'un flageolet éthéré.

 

 

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