Cette création dans le cadre du Festival Faits d'Hiver met en scène un trio prometteur, trois générations de danseurs-chorégraphes, Daniel Larrieu, Carlotta Sagna et Lionel Hoche, à qui revient la conception de la pièce.
« Peut-être ont-ils oublié qu'ils n'ont pas été ce qu'ils auraient pu être ; cependant peut-être ont-ils été ce qu'ils ont oublié ». Cette citation pourrait être l'épitaphe de la pièce des trois complices à l'origine d‘OuvrÂges.
Dès l'ouverture sur un tableau de femmes et d'hommes d'âge mûr nimbés de pénombre dans des postures sculpturales et tout d'orange vêtus, cette pièce joue d'emblée sur différentes strates de présences et de mémoires. Du trio grimé façon clown et vêtu de blanc surgissent des bribes de phrases, de mots, d'adresses ou de conversation sans interlocuteur, de bouts de textes, de chants, comme si chacun explorait de fugaces incarnations du passé, laissant apparaître la trace dans le geste, la mémoire vivante dans l'empreinte des corps. Réminiscence et citations, alors que sur un écran viennent jouer et se superposer les mémoires filmiques fantomatiques de créations des années 1980 à 2000.
Cela circule, esquisse, saute du coq à l'âne et l'on n'est pas loin d'y voir l'ombre légère de Charlie Chaplin. Lorsqu'un duo très enlevé créé par Lionel Hoche apparaît à l'écran, une guirlande de jeunes danseuses bondit, pleine d'une énergie tous azimuts et vient s'emparer de l'œuvre présentée dans une danse joyeuse libre et échevelée. Cette pulsion puissante débordera le trio et emportera la pièce dans une nouvelle dimension.
Au moment final, lorsque les amateurs seniors reviennent sur scène, les corps de la jeunesse s'approchent, touchent et se mêlent, dans une attention délicate qui clôt l'OuvrÂges en évoquant le passage et la transmission.
Crédits photographiques © Laurent Philippe
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