De retour à Paris, au Théâtre national de Chaillot, Rafaela Carrasco rayonne et impressionne dans Creaviva. Une pièce qui magnifie la créativité et l'inspiration féminine, mais qui est surtout une brillante leçon de flamenco.
Un cercle formé par deux chanteurs, deux guitaristes et un percussionniste. Rafaela Carrasco en fait le tour, dans la pénombre, avant de s'installer au centre, en pleine lumière. Tous sont vêtus de gris, en accord avec les toiles tendus au fond de la scène. Carrasco fait virevolter sa longue robe grise et enchaîne les pas complexes et aussi variés que l'est le flamenco. Le chant puissant d'Antonio Compos accompagne parfaitement la danse habitée de la danseuse qui ne semble faire qu'un avec la musique. Les deux guitaristes virtuoses Jesús Torres, José Luis Medina, le percussionniste Pablo Martín Jones et la chanteuse Gema Caballero viennent compléter les complices de Rafaela Carrasco qui n'hésite pas à les accompagner, par moment assise, en frappant des mains ou même au chant. La magie est bien là, l'effet est envoûtant. Bien que la mise en scène soit assez minimaliste, les tableaux sont suffisamment variés pour garder le public attentif. L'engagement de tous est total. La joie de danser et d'être ensemble est évidente, et le sourire de Rafaela Carrasco en est la preuve. Elle illumine littéralement le plateau du Théâtre national de la danse par sa présence.
Creaviva a été conçu par la danseuse-chorégraphe comme une ode à la féminité, placée sous le signe « des Muses inspiratrices des arts, personnifiant notre nature créatrice, notre désir de transcendance, notre besoin humain de transformer nos désirs, nos peines et nos rêves en vers, en sculptures, en toiles, en sons ou en danses » explique Rafaela Carrasco. D'ailleurs, cette dernière permet à la chanteuse flamenco Gema Caballero d'exprimer son talent au travers de plusieurs morceaux d'une rare intensité, seule ou en duo avec Antonio Compos. Rafaela Carrasco et Antonio Ruz, en tant que directeurs artistiques ont réussi à doser les moments les plus intenses avec d'autres d'une grande douceur où chacun a l'occasion de s'exprimer en solo. Que ce soient les guitaristes, Jesús Torres et José Luis Medina, le percussionniste Pablo Martín Jones qui accompagne seul la danseuse dans un très joli moment, ou les chanteurs. On sent à chaque instant l'admiration mutuelle et une grande complicité entre les artistes qui partagent la scène avec la grande dame du flamenco.
Directrice du Ballet Flamenco de Andalucía de 2013 à 2016 et professeure de méthodologie et pédagogie du flamenco au Conservatoire supérieur de danse María de Ávila à Madrid, Carrasco délivre une véritable leçon de flamenco avec ce nouveau spectacle. Tous les éléments traditionnels sont là, y compris la robe à volants ou le costume rouge qu'elle revêt en cours de spectacle. Les bras vers le ciel, elle est expressive jusqu'au bout des doigts, et, tandis que ses mains s'envolent, les pieds martèlent le sol furieusement. Mais Carrasco ne se contente pas de danser le flamenco, elle le sublime avec une touche toute personnelle, elle chante et accompagne ses musiciens et chanteurs en frappant des mains. Un spectacle de flamenco complet et réjouissant.
Crédit photographique : © Laurent Robert