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Adèle Berry, une comédie humaine et musicale de Yanowski

Pour sa première édition, le festival « Les Hivernales du Déjazet » met en avant avec sa comédie musicale Adèle Berry donnée pour la première fois à Paris et programmée avec six autres de ses spectacles.

Auteur, conteur et chanteur faisant inévitablement penser à Brel, est connu par son Cirque des mirages, duo de cabaret avec Fred Parker. Avec son énergie, son bagou, sa fabrication d'ambiances, l'artiste propose au Théâtre Déjazet un conte mi classique mi onirique qui nous plonge dans le Londres de la fin du XIXᵉ siècle auprès de la jeune Adèle Berry, incarnée par .

Depuis le décès de ses parents quand elle avait 6 ans, la jeune fille ne peut plus marcher, sans que l'on sache pourquoi. Habitant chez sa tante dans les beaux quartier et cornaquée par sa gouvernante (Eva Tesiorowski), elle s'ennuie entre leçons de piano et broderie, occupations des jeunes filles de bonne famille, et lectures volées dans la bibliothèque de son oncle, qui lui donnent des envies d'évasion. Mais avec son côté rebelle, Adèle a envie de s'encanailler. Si elle pouvait remarcher son souhait serait d'aller se balader dans les bas quartiers de la ville et aussi de danser. Un jour pendant l'une de ses sorties en fauteuil roulant, tandis que sa gouvernante a le dos tourné, elle rencontre Mikolas (Thomas Boutilier), un mystérieux personnage qui lui remet une paire de bottines à rubans rouges, à porter uniquement à la nuit tombée et à retirer avant l'aube. De retour dans sa chambre, lors d'une jolie scène devant son miroir Adèle les enfile. Ses jambes se mettent à gigoter irrépressiblement et le miracle opère : elle peut enfin remarcher. Ni une ni deux la jeune fille va alors partir à l'aventure dans la ville et y faire des rencontres initiatiques (des orphelins comme elle, livrés à eux-mêmes, voleurs et solidaires) et de mauvaises (un réseau de kidnappeurs d'enfants, protégé par des intérêts puissants et des contrats juteux). L'intrigue tient un peu ainsi à la fois de Dickens et Pinocchio pour le tableau social, Cendrillon et Le Chat botté pour la magie, et même, dans un clin d'œil, à Don Giovanni !

Enfant de la balle, a fréquenté dans son enfance toutes sortes de saltimbanques, musiciens, danseurs et bateleurs. Cette proximité artistique et sentimentale se ressent évidemment dans les principaux tableaux du spectacle offrant une savoureuse galerie de portraits hauts en couleurs, de la rombière aux méchants. À ce titre, la scène du marché avec tout l'abattage et la gouaille de la poissonnière (Margot Murray) et celle de la foire avec le magicien et la vendeuse de masques (Pierre Folloppe et Matilda Germain) sont particulièrement réussis, vivants, joyeux et foisonnants de détails et accessoires. Plus d'une dizaine de chanteurs-danseurs évoluent ainsi sur scène dans les chorégraphies pleines d'entrain de Laurence Perez, vêtus de costumes d'époque ou tout en noir quand ils accompagnent Adèle dans ses rêves (Léa Bénitah).

La mise en scène d' place les quatre instrumentistes en fond de scène, un peu dissimulés dans l'ombre mais néanmoins bien visibles. Quand le décor change entre chaque scène, lors d'interlude musicaux prolongeant ou annonçant l'action à venir, ils restent ainsi visibles en scène, centre de l'attention (Pauline Buet au violoncelle, William Fruchaud au piano, Timothée Gesland aux percussions et Emilien Veret à la clarinette). Yanowski a le sens des mélodies et sa musique fait mouche, à la fois mélancolique et émouvante notamment dans le thème qui revient tout du long, et entrainante dans de séduisants numéros de comédie musicale. Dans le rôle principal, la jeune chanteuse et danseuse a toute la fraicheur et la grâce requise, à la fois candide et espiègle dans son incarnation de la jeune fille voulant s'extirper de sa trop sage condition. Gaspard Coulon (Eliot, l'un des voleurs) lui donne une charmante réplique dans leur duo amoureux. Si des autres voleurs, Clément Malet (Jim) et Zoé Gedicht (Suzy) forment une paire de comédiens amusants, on remarque au chant les jolies interventions d'Alice Pavlidis (Alf). En grand méchant, Yanowski dispose sur scène de la prestance menaçante et d'une voix de basse glaçante qui impressionne dans la scène marquante de son personnage Faith Damnable.

Créé  en 2025 au Théâtre Madeleine-Renaud de Taverny, ce spectacle écrit et composé par Yanowski commence sa carrière à Paris jusqu'à fin avril, l'occasion également de (re)découvrir le Théâtre Dejazet, rescapé des théâtres du « Boulevard du Crime », anciennement Folies-Nouvelles dirigées par Hervé et qui connut les débuts d'Offenbach. Entre magie enfantine et peinture sociale sombre, vitalité et suspense, Adèle Berry est une comédie humaine autant que musicale.

Crédits photographiques : ©LLB – Adèle Berry Photos Francette Levieux

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