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Dance Theater Harlem : un spectacle kaléidoscope, reflet de la diversité de la compagnie

Après 40 ans d'absence, le revient en France avec deux programmes et une tournée. Enchaînant les pièces courtes, le spectacle offre un aperçu de la diversité de la compagnie, sans toujours convaincre totalement.


Avant le lever de rideau, , le chorégraphe et directeur artistique, également ex-danseur de la compagnie, vient présenter au public le (DTH). Ce ballet, unique en son genre et précurseur, a été créé il y a presque 60 ans, en 1969, par le danseur afro-américain . Premier grand danseur classique afro-américain, Mitchell est repéré par Balanchine qui l'intègre au . Au plus fort du mouvement des droits civiques aux Etats-Unis et au lendemain de l'assassinat de Martin Luther King, décide de créer une école de danse à Harlem, afin d'initier au ballet classique les enfants défavorisés de ce quartier. Ce faisant, il démocratise l'accès à la pratique artistique pour la communauté afro-américaine, alors tenue à l'écart dans bien des domaines. Aujourd'hui encore, le DTH prône la diversité, l'inclusion, et une certaine réinvention du ballet en mélangeant classicisme rigoureux, créativité contemporaine et influences culturelles afro-américaines.

Pour le programme B, en ouverture de la série de spectacles du DTH en France, ce sont dix interprètes – 5 danseuses, 5 danseurs – qui défendent les valeurs de la compagnie à travers une quinzaine de courtes pièces découpées en quatre parties et entrecoupées de deux entractes. Chaque partie correspond à un style musical différent, reflet de la versatilité des choix musicaux plutôt que de la chorégraphie qui n'évolue guère en deux heures de spectacle. Pourtant l'énergie et le travail est là. Manque peut-être parfois l'émotion, qui transparait cependant lors d'un très beau solo réalisé sur la musique répétitive de en première partie, et surtout un merveilleux duo sur la chanson Reckoner du groupe Radiohead. Créé en en 2016 par le chorégraphe pour les solistes du ballet national polonais et , ce duo intitulé Take me with you est bouleversant. Exécuté parfaitement, il met en valeur la grande maitrise technique du couple de danseurs.

Après l'entracte, on passe à une tout autre ambiance avec la musique de Stevie Wonder. C'est la pièce Higher Ground chorégraphiée par qui ouvre cette nouvelle séquence. Les danseuses sont sur pointes depuis le début de spectacle et le restent quasiment tout du long de la soirée, les tenues qui changent à chaque partie restent sobres. Les arabesques et pirouettes sont exécutés parfaitement, à profusion.

Dans cette partie, le rythme est plus enlevé, les danseurs, un peu libérés du carcan académique s'amusent. Le chorégraphe les dote de téléphones portables qui les coupent d'eux-mêmes avant qu'ils s'en affranchissent. On note de beaux portés et, en de trop rares moments, une manière de faire groover le classique assez intéressante.


La soirée se poursuit après un nouvel entracte avec Blake Works IV (The Barre Project) de , qui tire un peu trop en longueur. Commandé par le DTH, cette pièce créée en janvier 2023 constitue l'un des volets de l'œuvre en constante évolution de . Les solos se succèdent, puis viennent les duos dont un particulièrement réussi, dans lequel les bras et les jambes s'alignent parfaitement dans de belles diagonales. L'amplitude des sauts tout au long de ce ballet kaléidoscope est également impressionnante, tout comme l'aisance sur pointes des danseuses. Pourtant, malgré une intention et une interprétation de qualité, le tout manque de fraîcheur et d'originalité, surtout pour les pièces les plus anciennes. Peut-être que le chorégraphe , lui-même ancien danseur de la compagnie et nommé à la direction artistique en 2023 saura donner un souffle nouveau aux prochaines créations de la compagnie.

Après les trois dates au Palais des Congrès de Paris, le passera par Roubaix, Bordeaux et Lyon.

Crédit photographique : © Steven Pisano, Theik Smith

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