L'œuvre enregistré de Ture Rangström réapparaît aujourd'hui dans un coffret CPO regroupant des enregistrements des années 90. Un événement qui avait alors fait énormément pour la découverte et la connaissance de ce répertoire.
En tant que compositeur scandinave Ture Rangström, à l'image de nombre de ses collègues nordiques, fut influencé par les musiciens germaniques contemporains sans être fortement marqué par la musique populaire nordique. De nature profondément romantique il a composé des œuvres parfois non dénuées d'une modernité contrôlée qui heurta les conservateurs suédois sans satisfaire les modernistes plus radicaux. Influencé par les textes de Bo Bergman, Johan Ludvig Runeberg, Gustav Fröding et August Strindberg, il élabora une riche expression mélodique, lyrique et dramatique. Sibelius le jugea favorablement. Critique musical, professeur de chant, chef d'orchestre, il participa à la fondation de la Société des compositeurs suédois, attaché de presse à l'Opéra de Stockholm, il entra à l'Académie royale de musique en 1919. Fasciné par la littérature il se définissait lui-même comme « un poète des sons ».
Les enregistrements réalisés sous l'autorité de l'excellent chef Michail Jurowski face à un Orchestre symphonique de Norrköping au meilleur de sa forme rendent toute leur saveur saisissante aux quatre symphonies franchement inscrites dans une orbite romantico-expressionniste. La Symphonie n°1 est sous-titrée « In Memoriam August Strindberg ». Les musiciens et leur chef font ressortir les nombreuses pages contrastées, sensuelles, tantôt féériques tantôt ténébreuses. Quelques traits archaïques, également indépendants semble-t-il de l'héritage populaire, colorent cette partition achevée en 1912.
La Symphonie n° 2 « Mitt land » (Mon Pays) s'enrichit de pages qui ne cachaient pas l'amour que Rangström portait aux paysages suédois. Composée en 1919, elle est dédiée à son célèbre compatriote Wilhelm Stenhammar. La symphonie illustre un langage lyrique délicat et libre de tout programme descriptif.
Le sommet de ce cycle brillant et marquant revient à la Symphonie n° 3 en ré dièse majeur composée en 1929. Rangström lui donne les mots suivants : « Chant sous les étoiles ». Conçue en un seul mouvement, Maestoso, elle fait suite à l'expérience d'un voyage en mer non dénué de danger. L'orchestre exécute une musique lyrique emplie de souplesse, voluptueuse, très colorée, enrichie de subtiles nuances et d'élans extatiques remarquables. L'inspiration première doit à une chanson antérieure de Rangström « Prière pour la nuit » sur un texte de Bo Bergman.
La Symphonie n° 4 « Invocatio » date de 1936 et change sensiblement de registre par sa retenue, sa moindre sensualité, ses traits proches du baroque.
Parmi les autres pièces enregistrées ici on trouvera des inspirations diverses, parfois davantage néoclassiques, faisant de lui un des premiers créateurs expressionnistes de Suède. Citons un Notturno à la manière de E.T.A. Hoffmann pour 2 violons, alto et violoncelle (1909) ; Dithyramb, un allegro deciso e con passione, pour orchestre et Vårhymn, un adagio espressivo ; deux Suites pour violon et piano, un Capriccio amoroso pour violon et orchestre (1936), un Intermezzo drammatico (1916-1918) … pièces pour lesquelles se révèle son inventivité riche, variée et souvent personnelle.
Bienvenue, cette somme remarquable permettra de (re)découvrir un compositeur suédois majeur du XXᵉ siècle.
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