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Un deuxième voyage éclatant pour le Dance Theatre of Harlem

Le deuxième programme présenté par le Dance Theatre of Harlem au Palais des Congrès à Paris est une démonstration magistrale de ce qui définit la compagnie depuis sa création : une fusion entre l'excellence technique académique et une identité culturelle vibrante.

À travers quatre pièces soigneusement ordonnancées pour notre plaisir, la compagnie prouve que le ballet est bien un art vivant capable de muter sans perdre son âme. Quelle joie et quel bonheur après 40 ans d'absence à Paris !

Robert Garlan en personne, directeur artistique actuel de la compagnie, nous rappelant l'histoire et la portée sociétale de ses messages. Fondé en 1969 par Arthur Mitchell et Karel Shook, le Dance Theatre of Harlem défend l'idée selon laquelle le le ballet appartient à tout le monde. Arthur Mitchell souhaite ainsi initier les enfants défavorisés du quartier d'Harlem au ballet classique et démocratiser l'accès à la pratique artistique pour la communauté afro-américaine grâce à son école de danse.

Après cette ouverture, nous savourons tout d'abord deux chorégraphies en noir et blanc dans le style où le Dance Theater of Harlem excelle avant de nous présenter deux autres ballets aux tonalités plus classiques qui vont nous bercer des couleurs pastels des variations de Balanchine à celles chatoyantes de l'oiseau de feu.

Return, une célébration urbaine et élégante

Return, chorégraphié par , est un des tubes de la compagnie. En mariant le vocabulaire du ballet classique à la musique de James Brown et Aretha Franklin, Garland crée un pont irrésistible entre la culture pop et les pointes. Les danseurs, décontractés mais impeccables, injectent des déhanchés et des ports de tête pleins de « soul » dans des enchaînements académiques. C'est une célébration de la culture afro-américaine qui dynamite les codes parfois rigides du ballet, déclenchant une euphorie contagieuse. Les trios s'enchaînent et se dédoublent, les solos ondulent. Les danseurs affichent un sourire flamboyant communiquant au public une fougue d'énergie. Les corps se font ombres chinoises sur un fond de scène tantôt bleu, tantôt rouge ajoutant une touche subtile de contraste entre le ballet classique réinventé par la sensualité des danseurs et la chaleur du rythme de la musique. Les danseurs mélangent avec un humour irrésistible le chic du ballet dans lequel ils arrivent même à glisser un petit « tape-cul » très funky. Le ballet se conclut sur un rythme endiablé de sauts et de portées tous plus acrobatiques les uns que les autres où les cambrées ajoutent de la rondeur aux lignes parfaitement acérées des jambes des danseuses.

Changement radical d'atmosphère avec Take Me With de . Deux danseurs entrent au rythme des frappes de leurs mains. La lumière les éclaire, puis s'éteint. Avant de se rallumer sur des lignes toujours parfaites. Sur la musique envoûtante de Radiohead (Reckoner), le duo explore la connexion humaine avec une intensité viscérale. La chorégraphie joue sur les transferts de poids, les glissés et une fluidité quasi organique. C'est un moment suspendu, où la vulnérabilité des corps prend le dessus sur la démonstration technique. La capacité des danseurs à passer du rigorisme classique à une souplesse contemporaine témoigne d'une polyvalence athlétique remarquable.

Viennent ensuite les Donizetti Variations de , un hommage direct à la virtuosité classique. Le ton change radicalement des deux pièces précédentes. Les couleurs des costumes également qui nous entrainent dans un tourbillon pastel. Sur la partition joyeuse de l'opéra Don Sebastian, les danseurs exécutent des séries de pas de deux et d'ensembles d'une précision métronomique. 

Ici, les danseurs s'approprient le style néoclassique avec une légèreté et une fluidité déconcertante. Les lignes sont pures, les arabesques et les sauts sont vifs, et l'on sent toujours ce même plaisir communicatif chez les interprètes. De subtiles déhanchés ou désaxage de hanches sont autant de clin d'œil discrets mais bien présents à l'ADN de diversité de la compagnie. C'est une pièce de pur ballet, solaire, pétillante et pleine d'esprit qui rappelle que la technique de la compagnie est au niveau des plus grandes au niveau mondial.

L'Oiseau de Feu réinterprète le mythe

Le point d'orgue de la soirée reste L'Oiseau de Feu. Dans la version emblématique réimaginée par , le ballet atteint une dimension épique. Nous voilà emportés dans un univers de conte exotique et un cadre tropical luxuriant.

La pièce s'ouvre sur un décors végétal onirique et fantasmagorique. L'interprète principale, fascinante par ses mouvements saccadés et ses battements d'ailes nerveux, incarne une créature à la fois sauvage et divine avec une force de caractère rare. Les danseurs enchaînent les alignements, les farandoles et des portées toujours aussi  impressionnants, à la fois épurées et terriblement acrobatiques. Les décors et les costumes flamboyants magnifient la puissance narrative de la partition de Stravinsky tout en y apportant une touche subtile de poésie et de douceur avant d'embraser la scène dans un tableau final époustouflant. Cette œuvre souligne sans doute la mission historique du Dance Theater of Harlem : réinterpréter les grands mythes pour les rendre universels et intemporels car l'Oiseau de feu, ici, n'est pas seulement une créature magique, mais une force de la nature.

La réussite de ce programme confirme que la compagnie est véritablement au firmament de son talent. Le Dance Theatre of Harlem reste, plus que jamais, un phare de modernité, d'hymne à l'élégance et à la richesse créative.

Crédits photographiques : © Jeff Cravotta

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