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Avec Brice Sailly, restitution d’un clavecin de la jeunesse de Louis XIV

Le claveciniste nous offre un florilège de pièces du milieu du XVIIᵉ siècle français, qui met en avant les qualités expressives de la copie d'un clavecin de l'époque.

Le clavecin Jean Denis (1648) du musée d'Issoudun est le plus ancien clavecin français qui soit parvenu jusqu'à nous. Plusieurs fois modifié et agrandi au cours des décennies suivantes, il était important de le restituer dans son état d'origine. C'est à la demande de la dynamique association Clavecin en France que le facteur , assisté de Julien Bailly, en a réalisé une copie fidèle qui sonne pour la première fois au disque dans un répertoire contemporain de la jeunesse de Louis XIV. Il est d'ailleurs possible que l'instrument de Jean Denis soit celui-là même qui a été commandé pour le jeune roi âgé de 10 ans en 1648. Nous découvrons un instrument à la sonorité un peu verte, qui n'a pas la rondeur des clavecins français du XVIIIᵉ siècle mais le rapproche de la sonorité des clavecins flamands. Il convient parfaitement à la clarté de la polyphonie de l'époque. Les pièces pour clavecin du milieu du XVIIᵉ siècle en France nous sont parvenues sous forme manuscrite, et il faut attendre 1670 pour que soit imprimé un premier livre de « Pièces de clavessin », celui de , ainsi considéré comme le fondateur de l'école française de clavecin.

Le répertoire français pour clavecin s'empare des pièces de luth de la génération précédente, ainsi que des airs de cour et de ballets à la mode. C'est ce que nous donne à entendre , avec des airs de Boësset et des danses de Germain Pinel (dont nous entendons pour la première fois le savoureux branle des Frondeurs), ainsi qu'un arrangement inédit extrait du célèbre Ballet de la Nuit. Les qualités polyphoniques de l'instrument sont particulièrement bien mises en avant dans la grande Fantaisie de Charles Racquet, au savant contrepoint, que l'on a l'habitude d'entendre à l'orgue et qui fait merveille ici grâce aux grandes qualités d'articulation du jeu de . La plus remarquable des suites de ce programme est la Suite en Fa du manuscrit Bauyn, généralement attribuée à mais où l'on pourrait aussi reconnaître la patte de ses jeunes frères Charles et François, tous trois protégés du maître Chambonnières. Le célèbre Tombeau de Monsieur de Blancrocher, hommage musical au luthiste Charles Fleury, est le sommet expressif de ce programme. Le toucher précis et sensible de Brice Sailly fait sonner ce clavecin parfaitement. La précision de son ornementation (dans les doubles de d'Anglebert par exemple) et sa justesse rythmique sont au service d'un art musical dont la danse est le fil conducteur.

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