Brahms et Zemlinsky d'une part, Noriko Baba de l'autre : dans un programme original, c'est l'ample Quatuor n° 2 de Zemlinsky qui emporte la mise.
Deux grands quatuors du romantisme tardif, et au milieu une courte pièce contemporaine qui peine un peu à trouver sa place, voilà le programme peu habituel que propose le Quatuor Diotima pour cette nouvelle étape de son compagnonnage de longue haleine avec l'Arsenal. 9600, de Noriko Baba, ne dure que 6 minutes ; créée il y a plus de dix ans, cette pièce éminemment divertissante abonde en modes de jeu à la Lachenmann, mais pour un résultat pétillant et un peu superficiel.
Le premier quatuor de Brahms qui ouvre la soirée, lui, est bien à l'opposé de cette extraversion : on retrouve certes les qualités musicales des membres du Quatuor Diotima, à commencer par cette capacité de donner à chacune des voix toute sa place, du brillant premier violon Yunpeng Zhao au violoncelle chaleureux d'Alexis Descharmes, mais au détriment de la clarté du discours musical. Le mouvement lent conserve certes une véritable intensité, mais l'élan fondateur du premier mouvement ne décolle pas vraiment, et beaucoup de passages apparaissent brouillés faute de direction d'ensemble.
La pièce de résistance qui constitue la seconde partie, et justifie l'absence de bis à la fin du concert, est le deuxième quatuor de Zemlinsky, avec sa bonne quarantaine de minutes d'un seul tenant. Le souci des demi-teintes et de la fluidité du discours reste présent, mais cette fois sans nuire à la continuité d'ensemble de cette partition à la croisée des chemins, plus vraiment (post-)romantique, mais sans suivre la voie moderne de son gendre Schönberg. Les Diotima ont visiblement à cœur de souligner cette position intermédiaire, quitte à passer un peu trop vite sur les moments les plus romantiques, mais on suit avec grand intérêt le chemin tortueux et ambitieux que dessine ici Alexander von Zemlinsky.