Alors que Sophye Soliveau chantait au même moment dans la grande salle de la Cité de la Musique lors un week-end prolongé autour du thème « Poétesses », Circé de Benoît Menut était créé à l'Amphithéâtre par la soprano Marie-Laure Garnier et le Quatuor Agate.
Ancien élève d'Olivier Greif auquel il rendait encore hommage le 15 janvier dernier à la Maison de la Radio, dans une soirée dédiée au compositeur mort subitement en 2000, Benoît Menut continue à développer un courant musical ouvert à de multiples influences, à commencer par celles mélodiques du siècle passé.
À l'occasion d'un « Week-End Poétesses », la Philharmonie de Paris lui a commandé une création, devenue Circé, d'après la magicienne grecque bien connue grâce à l'Odyssée d'Homère, fille d'Hélios et de Perséis. Pour quatuor à cordes et soprano, l'ouvrage d'une heure et quart s'appuie sur des poèmes et des textes de poétesses et d'autrices principalement anglo-saxonnes, dont Augusta Webster, Emily Dickinson et Hilda Doolittle, sans oublier tout de même de prendre en compte aussi des hommes, comme le poète du XVIe siècle John Donne.
Mise en scène par Caroline Barbier de Reulle, l'œuvre débute par un quatuor à cordes non pas assis devant les pupitres, mais par terre pour introduire la pièce par de petits coups sur des métallophones d'une à quelques notes, sur lesquels la soprano interviendra également par la suite. Après quelques minutes, les musiciens prennent leurs instruments pour débuter la première des onze sections que comporte la partition, tandis que Marie-Laure Garnier a déjà commencé à chanter.
Par la suite, de nombreuses alternances entre parties purement instrumentales et d'autres a cappella permettent de mettre tous les intervenants en avant, en plus d'utiliser toutes les possibilités des instruments, notamment en tapant sur le bois des violons ou du violoncelle. Cependant, s'il faut faire ressortir un instrument de la soirée, c'est sans doute avant tout l'alto de Raphaël Pagnon, le premier à faire parler l'archet et surtout, le dernier pour conclure la belle lamentation de la chanteuse. La musique instrumentale de Benoît Menut lorgne vers les grands du passé, dont les Russes Chostakovitch ou Prokofiev, comme parfois vers les couleurs françaises d'un Caplet ou d'un Franck, et dans la continuité de Greif.
Au chant, on profite des couleurs de la soprano, particulièrement touchante lorsqu'elle chante sans accompagnement. Si son anglais ne masque pas un clair accent français, tandis que certaines parties la forcent à chercher des tensions volontairement non mélodieuses dans le haut du spectre, on se rappelle que celle qui avait magnifié Les Chants de l'Âme de Greif il y a 6 ans à Deauville était aussi un très beau Chœur Féminin dans The Rape of Lucretia de Britten en 2023, avec une écriture pour la voix retrouvée souvent dans Circé. Ainsi, malgré une partition sans nouveautés stylistiques et qui finit par lasser quelque peu après la moitié de la soirée, pouvons-nous au moins profiter longtemps du timbre enjôleur et charnu de la soprano.
Crédits photographiques : © Alban Moraud – Alexandra Evrard
Modifié le 13/3/2026 à 12h14
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