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Double cinquantenaire entre l’ONL et Renaud Capuçon

L' a fêté ses 50 ans, en compagnie d'un autre « cinquantenaire », le violoniste , dans un concert où la tendresse du Concerto pour violon de s'opposait à une virile Symphonie n°1 de .

Il y a un demi-siècle, en 1976, Jean-Claude Casadesus portait sur les fonts baptismaux l', premier orchestre français financé par une région. Cinquante ans plus tard, l'ensemble lillois est une des phalanges françaises de premier plan, avec plus de 6 000 concerts au compteur, porté par ses trois chefs successifs, Jean-Claude Casadesus pendant près de 40 ans, puis et aujourd'hui . Pour fêter son cinquantenaire, l'ONL a préparé une saison d'ampleur, qui a débuté ce 11 mars en compagnie de . Et comme à son habitude, a concocté un programme contrasté, mélangeant grands classiques et raretés.

Rareté en effet, en ouverture de concert, avec la Symphonie n° 2 « Voïna » de la compositrice française (1910-1999). Récemment remise à l'honneur et enregistrée par l'Orchestre national de France dirigé par Cristian Măcelaru, est l'une des grandes absentes de l'histoire de la musique française. Première femme à obtenir le Prix de Rome à l'âge de 19 ans, grande pédagogue, militante engagée (elle fut cofondatrice du Comité du Front National de la Résistance des Musiciens français), a fait de sa musique un étendard de la pensée antifasciste. Composée en 1938, sa Symphonie n°2 « Voïna » (« guerre » en russe) témoigne des inquiétudes d'un monde en train de basculer dans l'horreur. Partition courte et puissante, cette symphonie déploie en moins de 20 minutes tout le tragique d'une époque, les sombres roulements de tambour introductifs, une marche funèbre centrale, avant de se conclure avec un semblant d'espoir dans un final presque badin. et l' ont un plaisir visible à faire renaître cette musique oubliée, au propos malheureusement toujours actuel.

Le contraste est assez saisissant avec le Concerto pour violon de l'Américain qui lui succède. Composé en 1939, ce concerto est tout sauf une œuvre de guerre. Au contraire, c'est une ode grandiose à la tendresse et à la générosité, emplie d'un lyrisme prégnant, une œuvre composée en pensant « à la voix humaine ». On retrouve dans le grand thème d'ouverture, comme un champ inondé de soleil, ou dans le sublime chant d'amour du deuxième mouvement, toute la science des cordes et le sens du lyrisme du compositeur du célébrissime Adagio (1936). , qui vient d'enregistrer ce concerto avec l'Orchestre de la Suisse romande sous la direction de Daniel Harding, possède cette œuvre sur le bout des doigts. Le timbre chaleureux de son Guarneri del Gesù de 1737 (ayant appartenu à Isaac Stern) peut s'y déployer à son aise. Joshua Weilerstein, qui dit qu'il s'agit de son « œuvre américaine préférée« , est un accompagnateur attentif et sensible. Les cordes de l'ONL y sont somptueuses, tout comme le hautbois solo extatique du second mouvement. La folle course du final, en forme de mouvement perpétuel, apparait alors comme un exutoire déjanté au trop plein d'émotion qui a précédé. Conclusion éblouissante à un concerto trop peu joué.

La Symphonie n° 1 de , en deuxième partie de concert, était aussi une forme d'exutoire pour le compositeur allemand. Celui-ci a mis près de vingt ans pour accoucher de cette symphonie, une manière de se débarrasser de l'ombre encombrante du génie Beethoven, de « tuer le père » en quelque sorte, tout en avouant son admiration inconditionnelle. On sait que les orchestres français sont parfois peu à l'aise avec la grande tradition du romantisme germanique. Et Joshua Weilerstein, plus adepte des moirures du répertoire français et du « swing » américain, ne déroge pas à la règle. Le premier mouvement apparaît un peu sec et forcé, là où le galbe et le moelleux sont souvent nécessaires. Les mouvements centraux (Andante sostenuto et Un poco allegretto e grazioso) sont nettement plus réussis, détendus et chantants, à l'image de la « mini » symphonie pastorale du troisième mouvement où les bois et le violon solo sont à l'honneur. Le dernier mouvement est frémissant à point, avec ce grand choral central, hommage de Brahms à L'Hymne à la joie beethovénien. Avant un final très « viril » sous la baguette de Joshua Weilerstein, en forme d'apothéose.

Crédit photographique : © Ugo Ponte/Onl

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