Le sopraniste phénomène Samuel Mariño et le Concerto de' Cavalieri dans un concert en demi-teintes, malgré la présence d'instrumentistes au jeu subtil et énergique.
Un homme susceptible de chanter le rôle de la Reine de la nuit, comme cela a été évoqué récemment pour l'opéra de Dortmund en Allemagne, il faut avouer que le phénomène n'est pas banal. Samuel Mariño a certes une quinte suraiguë impressionnante pour un chanteur masculin, et ses facilités dans l'art de la vocalise pourraient en faire un candidat relativement crédible. Pas sûr en revanche qu'un tel projet soit souhaitable. Le concert donné à l'Arsenal de Metz, en tout cas, aura laissé une impression plutôt mitigée.
Donné en début de soirée, le célébrissime « Agitata da due venti » de La Griselda de Vivaldi atteste la vélocité étourdissante du chanteur, mais également un manque rédhibitoire de graves. Si les notes aiguës sont atteintes, elles le sont souvent au détriment de l'homogénéité de la ligne, voire occasionnellement avec une certaine stridence. Le deuxième air de la soirée, l'extrait de La Fida Ninfa, affiche de réelles difficultés dans la gestion du legato et des soudures entre les registres. « Vanne pentita a piangere » de Caldara met en avant quelques belles notes cristallines, mais les vocalises de l'air de Haendel « Un pensiero nemico di pace » ne cachent pas leur caractère mécanique et artificiel. Du célèbre « Vedrò con mio diletto », aucune émotion ne se dégage, tant est pauvre la palette de couleurs dont dispose le sopraniste vénézuélien. Ce dernier se rattrape avec les coquetteries vocales dont il pare l'air « Qu'ell augellin che canta » tiré de La Silvia de Vivaldi, lequel lui permet de dialoguer sur le ton de la badinerie avec le violon d'Enrico Casazza. L'air « Caldo sangue » de Scarlatti permet enfin de faire passer une certaine sensibilité, suivi d'un air de Haendel chanté sans esprit, mais avec de nouveau quelques broderies visiblement du goût des spectateurs. Même le très attendu « Lascia ch'io pianga », donné en premier bis, n'aura pas marqué les mémoires.
Les vraies réussites de la soirée, finalement, seront venues de l'orchestre, en dépit du fait que l'on puisse regretter, pour l'accompagnement des airs d'opéra, un effectif aussi réduit. Deux violons, un alto, un violoncelle, une contrebasse et un clavecin, cela n'est pas suffisant pour un orchestre d'opéra dans une salle de la taille de l'Arsenal de Metz. Un air comme « Vedrò mio diletto » ne peut que souffrir d'un instrumentarium aussi étique. Cela n'enlève rien, bien entendu, à la qualité des instrumentistes, parmi lesquels se détache tout particulièrement le premier violon d'Enrico Casazza, rivalisant de virtuosité avec le chanteur notamment dans la recherche des notes suraiguës. On aura apprécié en tout cas les variétés dynamiques d'une formation de talent cherchant à compenser, par la diversité de ses couleurs, le nombre réduit de ses musiciens.
Un concert au résultat mitigé, donc, en dépit de l'accueil triomphal réservé par le public, dont on se demande s'il est dû à la qualité musicale de la soirée ou bien à la persona intergenre projetée par Samuel Mariño, soucieux notamment par ses costumes – bijoux, robe de soirée, talons aiguilles –, sa gestuelle et ses postures, de cultiver et de consolider l'ambiguïté suscitée par son organe vocal. On aurait souhaité moins de théâtre et plus d'intériorité musicale.