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Murmures de la Forêt par l’Orchestre national de Bretagne et Nicolas Ellis

Avec le gala intitulé « Murmures de la Forêt », entraîne l' dans un parcours entre les bois autrichiens de , les bélougas canadiens de sa compatriote et les jardins russes de Stravinski.

Inspiré du passage éponyme de Siegfried qui sert d'ouverture au concert, le programme de gala de l'Orchestre de Bretagne traite des Murmures de la forêt, avant d'entrer dans les eaux du Saint-Laurent et de s'achever dans les flammes de L'oiseau de feu.

Commençons par regretter que la fin du programme n'ait pu permettre à l' de remettre en avant, plutôt que la suite du ballet russe, la compositrice lorientaise récemment redécouverte, Rita Strohl, avec son intéressante et propice Symphonie de la Forêt. Dans la même approche, il est dommage que la violoncelliste ait choisi pour son bis avec orchestre l'Elfentanz (Danse des Elfes) de , dont elle interprétait juste avant Im Walde (Dans les bois), plutôt que le Silence de la forêt de Dvořák, par exemple, sans doute encore plus parfaitement intégré au thème de la soirée.

En ce qui concerne l'interprétation, le chef canadien prend, dès l'extrait de l'opéra wagnérien, un tempo lent, qui lui permet de décortiquer chaque moment de la partition, arrangée pour un orchestre de la dimension de la phalange bretonne par Hermann Zumpe. L'écartement des musiciens sur la grande scène du Couvent des Jacobins permet de bien faire ressortir les parties de la petite harmonie écrites pour recréer les chants d'oiseaux.

Dans les bois de met en avant le violoncelle Montagnana de 1733 d', d'un caractère un peu trop intimiste pour certaines parties de l'œuvre et pour cette salle. Mais l'accord entre la soliste et les musiciens, ainsi que l'attention du chef à bien laisser la violoncelliste choisir ses tempi, permettent une interprétation cohérente de la pièce de 1882 puis du bis, toutefois déjà entendu avec des Elfes plus taquins et plus dansants sous d'autres archets.

Passé un entracte relevé par les petits fours des apprentis du campus rennais de l'école de cuisine Ferrandi (le Gala étant suivi pour ceux qui l'avaient choisi par un repas préparé par deux chefs étoilés de la région), nous voguons vers le Canada grâce à la création française du Chœur des Bélougas. Commandée par l'Orchestre Agora, la formation montréalaise de , la pièce de sa jeune compatriote se structure en dix tableaux. Elle utilise les chants des mammifères marins du Saint-Laurent récupérés par le groupe de recherche local Gremm pour les associer à des chants d'enfants – présents sur scène – dans une vision parfois « hollywoodienne » assumée du matériau musical. Avec un caractère immersif et des mouvements qui ne refusent pas non plus les inspirations marines des opéras de Britten (Peter Grimes, Billy Budd), l'œuvre créée en 2024 est donnée ici avec une Maîtrise de Bretagne bien préparée par la cheffe de chœur .

La dernière partie du programme revient à une œuvre plus célèbre. L'Oiseau de Feu est donné dans sa suite la plus habituellement programmée, la plus évidente, aussi parce qu'elle permet un effectif plus réduit (quatre contrebasses, vents par deux au lieu de quatre) qui s'adapte parfaitement à celui de l'. Cette suite de ballet prend le temps de se développer sous les mains d'Ellis. Plutôt que d'y rechercher le foisonnement polyphonique et les rythmes vifs, le chef fait le choix d'en faire plutôt ressortir avec calme tous les thèmes et coloris. Il profite pour cela d'un ensemble aussi à l'aise dans les bois que dans les cuivres, dont on remarque surtout, dès la pièce de Popper, le premier violoncelle.

À noter enfin que l'Orchestre National de Bretagne et Nicolas Ellis seront mis à l'honneur lors de la cérémonie des Victoires de la Musique qui aura lieu le 20 mars au Quartz à Brest.

Crédits photographiques : © Laurent Guizard

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