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Boesmans Wave à Flagey : Julien Libeer et le Brussels Philharmonic au cœur de l’hommage

Étape marquante de la Boesmans Wave 26 : le concert donné à Flagey par le , dirigé par et avec au piano, a offert l'occasion de réentendre la musique de dans un dialogue éclairant avec Debussy et Wagner.

 

La soirée s'inscrit dans un ensemble d'événements portés par diverses institutions — La Monnaie, Flagey, le , l'Académie royale de Belgique, le Conservatoire royal de Bruxelles, la Bibliothèque royale, le Klara Festival et le Laboratoire de musicologie de l'ULB – pour célébrer à Bruxelles le 90ᵉ anniversaire de la naissance du compositeur belge, disparu en 2022 à l'âge de 86 ans : un concert à l'Académie royale de Belgique sous la coordination du compositeur et organiste Benoît Mernier, ancien élève de Boesmans ; un autre pour deux pianos réunissant Stéphane Ginsburgh et Kris Defoort ; le lancement d'un site internet consacré à l'œuvre de

À Flagey, un peu plus tôt dans la soirée, l'Orchestre du Conservatoire royal de Bruxelles, dirigé par Sylvain Cambreling, a rendu hommage au compositeur dans un programme comprenant L'eau douce du pardon, Sextuor à clavier, Ornamented Zone et Chambres d'à côté.

Le concert dirigé ensuite par , avec au piano, propose Fin de nuit, page pour piano et orchestre de Boesmans. L'œuvre développe une trame instrumentale où la tension expressive se construit par la transformation progressive des timbres et des climats. Les textures se transforment avec souplesse, laissant apparaître des jeux de transparence et de superposition caractéristiques de l'écriture de Boesmans. À plusieurs reprises, le piano semble émerger d'une masse orchestrale subtilement équilibrée avant d'y être progressivement réabsorbé, dans un mouvement fluide qui entretient une tension discrète mais constante.

Libeer s'impose par un pianisme à la fois solide et réfléchi. Son jeu, ferme dans l'assise rythmique, sait également se faire intime et nuancé, épousant les différents caractères de la partition. L'œuvre alterne en effet des moments de déploiement sonore et de fins jeux de timbres avec des passages plus lyriques, marqués par une grande clarté de ligne et une intensité expressive délicate. À certains moments, des unissons qui se transmettent d'un pupitre à l'autre instaurent une dynamique presque ludique, où piano et orchestre semblent se répondre dans un mouvement de poursuite. À d'autres instants, la musique laisse affleurer une dimension plus ironique, notamment dans la conclusion où surgit soudain un tempo di valzer particulièrement vif, faisant naître un jeu de rebonds entre le piano et l'orchestre.

À la tête du , Blex veille avec soin aux équilibres et aux nuances, privilégiant une lecture attentive à la lisibilité des plans sonores et à la respiration des phrases. Cette direction, soucieuse de clarté, met en valeur la variété des atmosphères qui traversent la partition.

Les pages de Debussy et de Wagner proposées au cours de la soirée éclairent d'une autre manière l'univers de Boesmans, permettant d'inscrire Fin de nuit dans un horizon plus large : celui d'une tradition attentive à la transformation des masses sonores et à la dramaturgie orchestrale. Dans cette perspective, la musique de Boesmans apparaît comme le prolongement personnel et contemporain de certaines lignes de force de l'histoire de l'orchestre.

La soirée de Flagey a ainsi rappelé combien la musique de demeure une présence singulière dans l'imaginaire orchestral contemporain. Mise en perspective par les pages de Debussy et de Wagner, elle a offert l'occasion de redécouvrir une écriture dont la finesse et la liberté continuent de nourrir notre écoute de l'orchestre.

Crédits photographiques : © Diego Franssens

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