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After Dark : une nuit musicale au clavecin avec Pierre Gallon

Dans un programme surtout baroque mais aussi un peu contemporain, explore au clavecin les couleurs, ombres et lumières du crépuscule à l'aube.

Un bon récital de clavecin, aujourd'hui, se doit d'annoncer un programme thématique. a choisi la nuit et/ou l'obscurité, et a distribué les pièces choisies en cinq chapitres : Avant la tombée du jour – Au crépuscule – La nuit – A l'aube – Hors, les tourments de la nuit. La nuit ne concerne donc vraiment que 5 pièces sur 21, mais parmi elles, on trouve un Night de , qui fait tout l'intérêt de cet album, et qui en est clairement la pierre angulaire parmi des Dowland, Byrd, Philipps et autres compositeurs élisabéthains. Le travail d'enchâssement de pièces à thèmes nocturnes ou vespéraux, ou bien ensuite matinaux, est très réussi dans la proximité immédiate du Night de Foccroulle. Excellent Mr Dowland's Midnight juste avant, brillant Ecco l'aurora de Philips juste après. Néanmoins la construction de l'ensemble du programme n'a pas partout la même force de cohésion, et il ne faut pas attendre de ce CD une fresque très spectaculaire, une sorte de Nuit transfigurée au clavecin. Chaque morceau est beau, intéressant, mais l'ensemble ne colle vraiment bien qu'autour du Foccroulle, et cette réussite est déjà bien suffisante. Pour le reste, c'est surtout un travail intellectuel dû aux titres des pièces, plus qu'à la musique elle-même, qui a permis de composer le puzzle.

Night de , organiste émérite comme on sait, a été écrite pour le clavecin en 2023 à la demande . Cette pièce envoûtante qui évoque les ragas indiens use de chromatismes délicats, de dissonances, et (nous dit-on) d'un tempérament inégal. Les discordances sonores génèrent une forme d'inquiétude sereine qui se dissipe peu à peu alors qui point la lumière du jour. C'est un très beau morceau, très efficace à évoquer les sortilèges de la nuit et leur disparition progressive.

Les autres pièces sont choisies dans un répertoire plutôt resserré dans leur origine (que des Anglais fin XVIe, début XVIIe), mais sont très variées dans les couleurs sonores. Ceci est obtenu par l'usage de quatre instruments différents, dont un étrange Toy-piano du XXe siècle, à quoi s'ajoute encore le jeu des registrations. On aime particulièrement le premier anonyme Like as the Lark, où les arpèges ascendantes élève l'alouette vers le ciel, et l'excellent O Death Rock Me Asleepe avec ses obsessionnelles arpèges descendantes ponctuées par des graves implacables. Tout aussi remarquables sont A Dream de Dowland et The Ghost de Byrd, ou Pierre Gallon arrive à une forte évocation, soit d'une intériorité méditative, soit d'une évanescence folâtre. Chaque morceau a sa poésie, son charme particulier, et font un ensemble dont on a déjà exprimé les limites, mais malgré tout cohérent et réussi. On peut tout au plus s'étonner du choix de ce Toy-piano du XXe siècle, qui donne un son de glockenspiel, intempestif car trop au premier degré, à The Bells de Byrd. Dans ce beau programme très majoritairement élisabéthain, il sonne bien plus incongru que l'excellent Night de .

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