Véritable fil rouge de cette saison, Sans suite [Un air de roman] est le troisième texte de Baptiste Amann présenté cette année au Parvis, scène nationale de Tarbes-Pyrénées. Après les pièces Lieux Communs et Grandes Surfaces, il revient avec une comédie musicale contemporaine touchante, mise en scène par Sébastien Bournac.
Ce mercredi 11 mars 2026 était un soir de première pour la Compagnie Tabula Rasa de Sébastien Bournac, également directeur du centre dramatique national de Montluçon, le Théâtre des Îlets, depuis le 1er janvier dernier. Sans suite [Un air de roman] est une commande d'écriture du metteur en scène à Baptiste Amann, l'auteur, acteur et metteur en scène français reconnu, récompensé notamment par le prix du jeune théâtre Béatrix-Dussane–André-Roussin en 2025, pour la pièce Lieux Communs. Cette toute nouvelle création est aussi le fruit d'une coopération interrégionale dans le cadre du dispositif 4 à 4, impliquant les scènes nationales Tarbes-Pyrénées, Albi-Tarn, Sud-Aquitain et Brive-Tulle, dans la production et la présentation du projet. Pour ce spectacle, Sébastien Bournac s'est tourné vers la forme hybride de la comédie musicale. La composition a été confiée à Pascal Sangla, un habitué de la musique de scène qui a travaillé, entre autres, pour le Théâtre de l'Est Parisien, le Teatro Massimo de Palerme et la Comédie-Française.
La pièce commence habilement sur une chanteuse dans un studio d'enregistrement, en pleine création d'une bande originale de film. La session se passe mal, Thomas, le compositeur, n'est pas satisfait de son morceau. Dans un premier temps, le portrait de celui-ci frôle le cliché de l'artiste torturé, allant d'échec en échec, et plaçant toute la responsabilité de ses difficultés sur le dos d'une mère « abusive ». Découpée en trois parties, le récit se place par la suite du point de vue de Camille, puis d'Adama, deux autres figures centrales, de façon à apporter un regard différent et une analyse singulière sur la dépression, le deuil et les actions du musicien en détresse. Ce que l'on pourrait voir comme un triangle amoureux n'en est en fait pas vraiment un, puisque le cœur de la dynamique relationnelle unissant ce trio est en réalité la véritable cause du mal-être de Thomas : un non-dit terrible dont les retentissements dépassent toutes les personnes impliquées, de près comme de loin.
Les chansons pop électro, interprétées et jouées en live à l'aide d'une batterie et de synthétiseurs, offrent une plongée dans les questionnements introspectifs qui traversent les trois personnages principaux, y compris la mère décédée de Thomas, dont la présence n'est perceptible que pour son fils et le public. Très justement interprété par des comédiens en jeans, Doc Martins et hauts vintage, le texte très travaillé de Baptiste Amann flirte avec le pompeux, comme pour mieux coller au milieu culturel parisien bobo dans lequel est située l'action. Le studio de musique, le bar, l'hôpital psychiatrique et les intérieurs des appartements sont matérialisés par des panneaux mobiles décorés et des accessoires mis en place en toute fluidité au fil des diverses transitions soigneusement réglées. Quelques petits ajustements sont toutefois encore nécessaires, notamment autour du chant encore perfectible en ce soir de première.
Cette création bien construite aborde avec précision et modernité des douleurs universelles. Elle saura sans aucun doute toucher un public large et s'assurer une belle longévité.