Avec sa pièce Shiraz, Armin Hokmi installe sur la scène de la Maison de la danse à Lyon un objet de délicatesse et de souvenirs.
Comment aborder un spectacle proposé par un artiste venu d'Iran en tentant de se détacher du conflit moyen-oriental actuel ?
Armin Hokmi est en effet iranien. Il vit désormais entre Berlin et Oslo. Mais dans le contexte international du moment, l'état de guerre dans son pays natal, sa chorégraphie Shiraz résonne d'un ton particulier.
La pièce a été créée bien avant la guerre ou les manifestations du peuple iranien en janvier dernier. Cependant, sa démarche s'inscrit dans celle de la mémoire culturelle de ce grand pays. Pendant 10 ans dans les années 60-70, un festival multi-culturel rayonnait à Shiraz au cœur du pays. Le festival s'est arrêté deux ans avant la prise de pouvoir du régime par les mollahs. Armin Hokmi s'est penché sur les archives de ce festival. Il considère que sa proposition aurait pu trouver sa place dans cet événement.
Mais en entrant dans la salle de spectacle où les danseurs sont déjà en action, il faut se détacher de ces considérations et se laisser porter par les mouvements lents et coordonnés des sept interprètes, cinq femmes et deux hommes. Tous ont le bras droit levé devant eux, la main devant le visage. Ils évoluent sur un tapis blanc d'un pas lent amorcé toujours du même pied. Le regard vers le sol, ils semblent absorbés dans leurs souvenirs. Petits déplacements, oscillations légères des hanches, une sorte de rituel semble se mettre en place.
La répétition et les variations de gestes presque indistinctes pendant un long moment invitent les spectateurs à entrer eux aussi dans cet état proche de la méditation. Dans des moments fugaces, les danseurs s'animent davantage : une épaule redressée, un déhanché accentué. Les deux bras baissés les gestes prennent de l'ampleur, le buste toujours très droit, les regards se relèvent.
Modernité orientale
Les ondulations et les pas donnent un parfum oriental à la danse. La référence à ces cultures se retrouve dans la musique mêlant à la fois des instruments traditionnels et des nappes de sons électro enveloppant les danseurs. Les thèmes traditionnels se perdent dans des échos, donnant des accents de souvenirs lointains à l'univers sonore de la pièce.
De part et d'autres de la scène, de gros projecteurs montés sur câbles bordent la surface de jeu. Ils marquent ainsi cet espace à la fois nu et délimité par le rectangle du tapis de scène blanc. La chorégraphie toujours impeccablement chorale et uniforme des sept interprètes peut ainsi être vue comme une pièce globale, très contemporaine. Et l'esthétique n'enlève rien à l'émotion.
Cet objet chorégraphique plein de délicatesse s'inscrit comme une parenthèse vitale et méditative au milieu de ces temps de fureur au Moyen-Orient.