Florilèges de pièces vocales pour double chœur féminin. Sous l'ardente direction d'Hervé Niquet, les solistes et choristes du Concert Spirituel rendent un vibrant hommage à la musique de Vivaldi.
Cet excellent programme, en tournée actuellement et déjà donné au Châtelet en 2020, objet d'un CD « Clef ResMusica » (Alpha), est exclusivement constitué de pièces vocales de Vivaldi destinées aux jeunes orphelines de l'Ospedale della Pietà. Donnés dans leur version originale pour double chœur féminin, avec deux parties de soprano et deux parties d'alto plutôt que la plus traditionnelle version SATB, un certain nombre de motets relativement courts, d'une durée allant de trois à une dizaine de minutes, introduisent pour chaque partie ce qui sera sa pièce de résistance : le superbe Magnificat en sol mineur pour la première partie, le célèbre Gloria en ré majeur pour la deuxième. Une ouverture d'opéra, L'incoronazione di Dario, rappelle le public à l'ordre à l'issue de l'entracte. Pour ses choix interprétatifs, Hervé Niquet prend également la décision de confier les parties solistes à l'un de ses quatre pupitres. Ne serait-ce que pour les effets de contraste, on aurait certes préféré entendre quelques voix solistes, quitte à ce que ces dernières proviennent du chœur comme cela se fait relativement souvent. La qualité des chanteuses du Concert Spirituel, dont se détachent quelques voix particulièrement bien timbrées, aurait sans doute permis cela.
Une fois émises ces quelques réserves sur les options prises, on ne tarira pas d'éloges sur la qualité de la prestation des instrumentistes et des choristes du Concert Spirituel. Essentiellement écrits pour deux orchestres à cordes, auxquels se joint un continuo constitué d'un orgue et de deux théorbes, les ouvrages proposés regorgent de vitalité, et la direction enfiévrée de Niquet les rend carrément incandescents. Elles aussi emportées par l'énergie de leur chef, les vingt choristes donnent le meilleur d'elles-mêmes, magistrales dans la précision de leurs attaques, pleines de ferveur dans les mouvements plus méditatifs et d'une justesse parfaite dans l'harmonie générale de ces pièces toutes conçues pour des voix féminines. Contribuant à la bonne humeur générale, Hervé Niquet, dans ce style inimitable qui est le sien, commente avec facétie et auto-dérision à la fois les circonstances de création des œuvres qu'il interprète, mais également ses propres choix interprétatifs. Triomphe sans réserve de la part d'une salle archi-comble, phénomène plutôt inhabituel pour un dimanche de printemps consacré qui est plus est à une échéance électorale.
Crédit photographique : Hervé Niquet © Henri Buffetaut