Dans un monde où tout s'accélère, Run de Julien Lestel présenté au Théâtre Libre à Paris est une exploration de la course effrénée contre le temps et sans doute contre soi-même.
Le Ballet Julien Lestel regroupe dix danseuses et danseurs issus d'horizons différents. Chacun peut y révéler sa singularité tout en restant fidèle au style néoclassique-moderne qui caractérise la compagnie. La recherche de Julien Lestel est centrée sur la création d'une gestuelle fluide mais aussi de mouvements brisées, entrainant le spectateur dans une dynamique où se côtoient puissance, sensualité et poésie. Le ballet Run en est un parfait exemple. Cette pièce transforme l'épuisement en une esthétique rigoureuse où la gestuelle alterne entre des traversées de scène qui évoquent le sprint et des suspensions soudaines, presque douloureuses.
La scène s'ouvre sur des grondements sourds : les duos s'enchainent alors en des entrées / sorties frénétiques. Les corps se jettent au sol, les gestes s'entremêlent entre acrobaties et mouvements saccadés de break dance. L'engagement est total. Soudain, le groupe d'immobilise dans une lumière rouge. Les regards levés vers le ciel les mains des danseurs semblent capter une énergie venue d'ailleurs et les corps entrent en transe pour se transformer en marche mystique.
Les danseurs, tantôt solitaires, tantôt en groupe, semblent courir après une idée, un idéal, ou peut-être simplement après eux-mêmes. Mais revient le temps des duos, un des moments forts du ballet. Le premier est au sol et fait de langoureux enlacements, comme une parenthèse enchantée après le tumulte. Puis la course reprend. Le second duo se fait avec plus de hauteur. Les corps deviennent lianes et s'enchevêtrent intensément au son du violoncelle. Le troisième duo s'élève vers le ciel grâce à des portées aériens. Les corps sont désormais imbriqués en lignes fluides. Du sol au ciel des cintres les danseurs s'affrontent, s'aident, se repoussent, dans une chorégraphie qui évoque à la fois la compétition et la complicité.
Un groupe de cinq danseurs enchaîne de savoureuses ondulations avant de laisser la place à un nouveau duo, cette fois-ci jazzy et empli de douceur et de poésie. Le jeu des ombres et des lumières, tantôt douces, tantôt brutales, renforce l'impression de mouvement perpétuel, comme si les danseurs étaient condamnés à courir sans jamais s'arrêter.
Run évoque la course, la fuite, mais aussi la persévérance. Si Run ne laisse pas indifférent, c'est parce qu'il parle à chacun d'entre nous : il nous rappelle que la vie est une course, mais aussi une quête de sens. C'est aussi une incitation à ralentir et à prendre conscience de notre corps et des émotions qu'il communique afin de retrouver un lien entre nous-mêmes et ce qui nous entoure.