Le Palais royal est de retour au Cirque d'hiver pour un spectacle musical qui tire parti des caractéristiques du lieu. Après « Mozart en piste » l'année dernière, voici le tour de Vivaldi.
Au cirque, l'orchestre (quand il y en a encore un) est au balcon au-dessus de l'entrée de la piste. Ici, il est au centre de la piste, autour d'un clavecin (sonorisé comme le reste du continuo), et ce sont les « artistes » qui évoluent à sa place habituelle et autour de lui. Cette production réunit une belle troupe de huit chanteurs, largement mis à contribution aussi comme acteurs. Et en Monsieur Loyal, Emmanuel Daumas, qui signe aussi la mise en scène et les textes, campe un Antonio Vivaldi énergique, parfois survolté et presque bouffon, à d'autres moments plus grave, mais jamais loin de l'outrance et toujours un peu dans l'exagération. Loin d'un exposé sur la vie et l'œuvre du Prêtre roux, Emmanuel Daumas s'est visiblement fixé pour but de faire comprendre les caractéristiques profondes du baroque (avec des formules telles que « Tout est vrai car tout est artificiel ! ») et de montrer comment Vivaldi, avec ses excès, son génie et sa sensibilité, en est un des plus beaux représentants.
Plutôt qu'un concert augmenté, c'est donc à un véritable spectacle musical que le spectateur est convié. La musique y a une belle part, elle en est même le sujet principal. Les tubes de Vivaldi comme Les Quatre saisons et le Gloria sont bien là, mais heureusement ils laissent une large place à d'autres œuvres de son immense catalogue. Y compris des morceaux inattendus comme un mouvement de concerto pour luth (Élodie Brzustowski, impeccable) ou un d'un des nombreux concertos pour basson (Antoine Pecqueur, le journaliste et écrivain soi-même, en jupe et fichu pour rappeler qu'Antonio Vivaldi écrivait notamment pour les musiciennes d'un orphelinat (Ospedale della Pietà), célèbre dans toute l'Europe paraît-il pour la qualité de la musique qu'on y jouait). Omniprésents et toujours sonorisés, les chanteurs sont spécialement mis en valeur dans une séquence bien ficelée sur l'opéra où chaque type de voix essaie de montrer à son tour qu'elle est la reine à Venise : d'abord les castrats (avec le contre-ténor Fernando Escalona, impressionnant dans un air de L'Olimpiade), puis les sopranos (Hermione Bernard et Tanaquil Ollivier, superbes dans un duo de La verità in cimento), les ténors (Blaise Rantoanina et Clément Debieuvre dans un air de Tito Manlio), et enfin les basses (Matthieu Toulouse et Halidou Nombre, solides et puissants dans un air de La Silvia). L'orchestre Le Palais Royal, très à l'aise dans Vivaldi en formation à cordes, sous la direction précise de Jean-Philippe Sarcos, est l'acteur primordial de ce spectacle réjouissant.
Plus que l'aspect participatif (quelques bruitages et l'introduction du Gloria chantée avec le public), le grand intérêt de cette production est finalement d'arriver à parler en profondeur de la musique à un public de tous âges et de tous niveaux, tout en ne perdant pas le plaisir infini de jouir de celle de Vivaldi.
Crédits photographiques : © Moland Fengkov
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