Les amoureux de la musique anglaise seront ravis de retrouver une interprétation particulièrement aboutie d'une sélection de pièces de John Dowland et Henry Purcell par l'ensemble Jupiter mené par Thomas Dunford.
C'est un double album sublime que nous propose le label Erato avec des visuels en noir et blanc d'une belle élégance et une notice de présentation concoctée par les parents musiciens du luthiste permettant de comprendre l'évidence et le naturel qui ressortent de cette interprétation de ces musiques de la fin de la Renaissance pour le premier disque, du baroque pour le second. Les liens fusionnels des différents interprètes y sont ainsi retracés, inscrivant au centre de ce disque une famille musicale de longue date : la totalité de l'ensemble Jupiter qui joue un rôle important dans la réussite de ce projet discographique, même si seul le couple star est mis en avant.
Une élégance visuelle confirmée musicalement dans la douce mélancolie de John Dowland dès le Come again ! Sweet love doth now invite, où les quatre voix, se mêlant harmonieusement, abordent une multitude de détails pour un respect stylistique impeccable véhiculant une musique vivante par des variations de tempi bien amenées. Que ce soit dans Go crystel tears ou Can she excuse my wrongs ?, le quatuor vocal bénéficie constamment de la solidité sans faille de la basse d'Alex Rosen et de la chaleur du contralto de Jess Dandy. Le reste de la programmation se construit principalement autour d'extraits des Ayres 1 et 2 et des Lachrimae (dommage qu'il ne soit pas précisément indiqué dans le livret les références des extraits choisis), avec comme apothéose le soprano seul de Lea Desandre, accompagné avec simplicité par le directeur musical au fil d'un Sorrow Stay et d'un Flow my tears, d'une expressivité vocale mêlant fluidité et fragilité touchante, empreinte de nuances sensibles et vibrantes. Thomas Dunford suspend le temps avec A dream alors qu'après quarante minutes de musique et le superbe Now, o now, I needs must part qui mêle le luth aux quatre voix, on regrette que le volet Dowland soit déjà terminé.
Le second disque est marqué par plus d'exubérance et de théâtralité avec le maître de la musique baroque anglaise. Ici, la programmation musicale tourne essentiellement autour des extraits de The Fairy Queen et de Dido and Aeneas. L'élégance y est toujours de mise, parée cette fois-ci du ténor suave et de la diction parfaite de Laurence Kilsby dans If Love's a Sweet Passion, accompagné de la chaleur du baryton invité, Huw Montague Rendall. Les vocalises de Lea Desandre ne sont jamais démonstratives dans Now the night is chased away. Ils déploient une souplesse vocale mesurée et sensible. L'espièglerie se manifeste dans la liberté des flûtes sur Strike the viol alors qu'on retrouve la douce tristesse du soprano dans un Thanks to These Lonesome Vales où se noue tendrement le contrechant de la viole de gambe. Cerise sur le gâteau, une piste « cachée » en fin de disque de Take Me Back to You, écrite par Thomas Dunford et son frère de cœur Doug Balliett.