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Les vents du Philharmonique de Berlin au festival de Pâques de Salzbourg

Entre Italie et Bohême, entre rococo tardif et modernité, les musiciens berlinois montrent qu'ils sont des chambristes hors pair.

Ils sont de retour ! Le Philharmonique de Berlin avait mis fin à sa résidence pascale à Salzbourg en 2012 ; le festival créé en 1967 par Herbert Karajan pour ses musiciens berlinois a certes survécu depuis, mais leur retour sur les bords de la Salzach est un très bienvenu retour aux sources. En plus de l'opéra et des concerts symphoniques, ils proposent une riche programmation de musique de chambre, et ce concert consacré aux vents rappelle sans ambiguïté qu'ils n'ont guère de rivaux dans cet exercice toujours difficile pour un musicien d'orchestre peu habitué à se trouver seul en scène ou presque.

La première œuvre de ce programme italo-tchèque est la moins convaincante des quatre : à force de vouloir faire donner sa pleine dimension au premier des trois Quintettes concertants publiés par Cambini à Paris en 1802, les cinq musiciens produisent un volume sonore dont l'acoustique généreuse de la grande salle du Mozarteum n'a pas besoin – et il n'est pas sûr, du reste, que cette œuvre ancrée dans le passé ait des dimensions si considérables.

Heureusement l'impression ne dure guère : on s'amuse beaucoup avec Opus number zoo de , une œuvre de jeunesse transformée en 1970 en quintette à vents… sans oublier les récitants qui ne sont autres que les musiciens eux-mêmes, pour quatre fables animalières. Les cinq musiciens sont parfaits dans l'exercice de l'humour musical, qui nécessite toujours des interprètes le plus grand sérieux pour faire mouche : c'est vrai pour l'ambitieuse partie instrumentale comme pour la partie parlée, qui est souvent plus chantée, en tout cas précisément rythmée, que simplement parlée.

La deuxième partie fait se succéder le Quintette op. 10 de et le sextuor Jeunesse (Mládí) de Janáček, toutes deux écrites dans les années 1920. L'élève et le maître en sont naturellement à des moments bien différents de leurs carrières, mais l'œuvre de Haas fait mieux que résister à la comparaison, offrant certainement le plus fort moment de musique de ce court après-midi. On connaît surtout Haas pour son destin tragique terminé à Auschwitz, mais il faut écouter ses œuvres pour elles-mêmes : ce quintette tout en nuances, en émotions délicates mais fortes, est d'une densité peu commune, et les musiciens berlinois y font merveille entre plénitude sonore et écoute chambriste sans faille.

Enfin, le quintette devient sextuor avec l'œuvre la plus connue de la soirée, le retour d'un Janáček fraîchement septuagénaire sur sa jeunesse : les musiciens l'abordent d'une manière particulièrement sobre, à commencer par le tempo modéré qu'ils adoptent au début de la pièce : pas d'exubérance folkloriste, plutôt une communauté de ton avec l'œuvre précédente ; le folklore ne prend toute sa place qu'avec le troisième mouvement, qui a le grand avantage de mettre en avant le flûtiste , successeur de Mathieu Dufour et aux côtés de l'incontournable , après une carrière au Metropolitan Opera et à Chicago : dans les solos écrits par Janáček comme dans le reste de la soirée, on voit que ce récent recrutement ne mettra pas en péril le niveau de l'orchestre.

Crédits photographiques © Monika Rittershaus

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