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MAMI, un autre théâtre dansé, émerveille à l’Odéon

MAMI, du metteur en scène , dresse la peinture théâtrale, dansée, hallucinée et jouissive de relations filiales tendres et puissantes. Les Ateliers Berthier de l'Odéon se transforment en un lieu de contemplation ésotérique sublime et transcendant. Le théâtre est ici le lieu d'où l'on expérimente : des images, des symboles, des corps offerts dans un rituel performatif roboratif.

est albanais. Il a choisi dans MAMI de convoquer les figures maternelles de sa vie : sa grand-mère, qui l'a élevé jusqu'à l'âge de six ans, sa tante, sa mère puis sa belle-mère. Ces femmes sont fortes. Le metteur en scène évoque, dans un entretien avec William Ravon, une expression grecque à ce propos : « Elle peut presser une pierre jusqu'à ce qu'il en sorte de l'eau. » La langage de la pièce est chorégraphique, corporel, parle de « théâtre d'ambiance ».

Les performeurs évoluent sans texte et portent la représentation de leur présence extatique, sensuelle et fantomatique. Les tableaux – les images – s'enchaînent. Mario Banushi le dit, il « joue avec ces images comme avec des cubes ou des boîtes, en essayant différentes combinaisons. » Mais, au final, c'est bien une ambition de récit qui surgit de ce jeu : « Je veux qu'il y ait une structure, une sorte de squelette. Ce n'est pas juste du chaos. » L'exercice est difficile : la forme est inédite, elle tutoie d'autres, théâtrales comme celle de Maeterlinck, certaines chorégraphies de Maguy Marin, le théâtre d'image de Romeo Castellucci ou celui de Philippe Quesne.

Le « theatron », mot grec qui a donné le mot « théâtre », désigne, dans l'antiquité, le lieu d'où l'on voit. Ici, les points de vue se multiplient, les histoires se mélangent, jusqu'à ce moment où une comédienne braque les feux d'une mobylette sur le public : ce sont les protagonistes de la pièce qui regardent ceux qui voient. La chorégraphie, étymologiquement cette « danse en chœur et écrite », dessine des parcours brutaux, à vifs, soumis à la violence des relations maternelles et à la bonté toute mystique du soin accordé à l'autre.

La naissance inonde le récit, le foyer également, accompagné d'une bande son planante magnifiquement orchestrée par . Cette étrange étrangeté qu'est MAMI donne la parole aux allaitements, à cette nourriture primitive et instinctive revigorante et apaisante. Les déplacements sont lents, l'eau où l'on plonge asphyxie et lave, un feu d'artifice éblouit, un voile se pose sur deux acteurs, dessinant un tableau quasiment religieux. Tout se mêle, les sensations se catapultent, MAMI est décidément inspirante.

Crédit photographique : © Andreas Simopoulos

 

 

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