Dans un programme d'une rare originalité, Enguerrand de Hys et Paul Beynet rivalisent de créativité et d'imagination musicales pour faire vivre un répertoire peu connu lequel, en dépit de la nature religieuse de ses textes, pourra s'adresser à tous et à toutes.
Un « Salve Regina ». Deux « Credo », ou « Symbole des Apôtres » ! Quatre « Notre Père », ou « Oraison dominicale », dans trois versions françaises différentes. Pas moins de sept « Ave Maria », ou « Salutation angélique », dont deux versions en français et cinq en latin. Celui de Gounod est donné ici dans sa seconde mouture, moins connue, quoique très nettement inspirée de la première. Si le précédent récital d'Enguerrand de Hys et de Paul Beynet était un bouquet de mélodies françaises d'inspiration religieuse, celui-ci est donc carrément un recueil de prières chrétiennes, essentiellement catholiques, mises en musique par les plus grands compositeurs de toute une époque. Sur les onze musiciens représentés ici, neuf chevauchent les XIXᵉ et XXᵉ siècles. Seul Gounod appartient résolument au XIXᵉ et Jehan Alain au XXᵉ. Avec Mel Bonis, Cécile Chaminade et Clémence de Grandval, trois sur onze sont des compositrices. Un, le Suisse Arthur Honegger, est de culture et de tradition protestantes. C'est dire à la fois l'unité et la diversité d'un programme riche et stimulant, passionnant dans ses choix thématiques et dans ses appariements.
L'album démarre sur Les Prières d'André Caplet pour s'achever sur les mêmes textes, réunis sous le titre Trois Prières et cette fois-ci mis en musique par Guy Ropartz. Le premier des deux cycles avait été composé dans les tranchées durant la Première Guerre mondiale. D'un compositeur à l'autre, l'esthétique n'est évidemment pas la même, et l'on ne saurait comparer le style musical de Gounod, de Clémence de Grandval ou Fauré, avec les audaces harmoniques de Honegger, sans doute le plus « moderne » des compositeurs représentés ici. De toutes ces pièces émanent en tout cas une ferveur et une émotion en tout point comparables, suscitées par le chant lumineux d'Enguerrand de Hys, à la voix égale et homogène sur toute l'étendue du registre et aux couleurs expressives sans failles. Aucun ennui ne se dégage d'un programme riche et original dont on pouvait craindre, sur le papier, redites et répétitions. Le piano inspiré de Paul Beynet est lui aussi pour beaucoup dans la réussite de cet enregistrement, tant sont variées et subtiles les nuances et les couleurs qu'il sait donner à son jeu. Inutile de préciser que ce disque éminemment musical s'adresse à tous et à toutes, indépendamment des croyances ou des allégeances religieuses des uns et des autres.