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Y’a de la joie à l’Opéra national de Bordeaux

Avec les trois pièces qui composent le spectacle Joy, les danseurs de l'Opéra national de Bordeaux nous interrogent sur la définition de la joie, mais font surtout la preuve de leur grande maîtrise technique. 

Pour la première française de Hurry up, we're dreaming, le chorégraphe californien – actuel chorégraphe en résidence et conseiller artistique du New-York City Ballet – donne à voir l'énergie, le flux constant qui caractérisent nos villes. Quatorze danseurs, vêtus de vêtements de ville et chaussés de baskets arpentent la scène en courant, en marchant ou en dansant dans un mouvement constant, sur une musique rythmée qui va crescendo. Régulièrement des groupes se forment. Les sauts, les pirouettes et les portées sont d'une grande légèreté malgré la lourdeur apparente de leurs chaussures qui n'entravent pourtant en rien la rigueur académique habilement mêlée à des influences contemporaines. Au cœur de ce mouvement perpétuel, des pas de deux apportent une respiration, une bulle de douceur. Le deuxième duo est particulièrement remarquable. Porté par la voix bouleversante d'Anthony Gonzalez, membre fondateur du groupe français M83 dont l'album Hurry up, we're dreaming a été choisi par pour sa pièce, le couple de danseurs émeut par sa grâce et l'osmose qui transparaît dans chacun de ses mouvements, d'une grande précision. Là aussi, les baskets n'empêchent en rien les pointes tendues ou la grace d'un porté, la légèreté d'une pirouette. La pièce se termine par un très bel ensemble rythmé et s'achève, comme elle avait commencé, avec tous les danseurs réunis en cercle. Un très beau moment.

Changement total d'ambiance avec L'amour sorcier, chorégraphié par le couple italo-espagnol Métamorphosis formé par et , et présenté à Bordeaux en première mondiale. Cette pièce ambitieuse de 40 minutes reprend le thème fameux du ballet-pantomime créé par en 1915. Candela, l'héroïne, est tourmenté par le fantôme de son ancien amour qui l'empêche de vivre pleinement une nouvelle histoire. Organisé en plusieurs tableaux à la scénographie inventive, L'amour sorcier joue sur les couleurs et la lumière pour symboliser les deux mondes dans lesquels Candela se débat. , en alternance avec dans le rôle principal est de tous les tableaux. Son interprétation parfaite nous permet de ressentir ses tourments. Si les duos sont d'une grande beauté, notamment le dernier qui réunit les amoureux, les ensembles sont particulièrement remarquables, en particulier ceux des fantômes, tout de rouge vêtus. La pièce mêle habilement les influences flamencas aux vocabulaires académique et contemporain, permettant aux danseurs du ballet de l'Opéra national de Bordeaux de montrer l'étendue de leurs talents.

Joy, créé en 2019 pour le ballet de l' par le chorégraphe suédois , est présenté à Bordeaux en première française. Le chorégraphe, en voix off, nous interroge sur la notion même de joie dès le début de la pièce. « Existe-t-il un mouvement pour créer la joie ? »  C'est en tout cas ce que semble rechercher les danseurs du ballet de l'Opéra de Bordeaux qui évoluent sur un grand plateau blanc, eux même vêtus d'amples costumes blancs. Il y a de la joie effectivement dans la grande liberté de mouvements qu'ils nous montrent, accompagnés d'une musique jazzy, et dans ce qui semble être de l'improvisation. Mais il n'en est rien, tout est minutieusement chorégraphié pour l'ensemble des danseurs du ballet dont nous retrouvons certains gestes plus loin dans la pièce d'une demi-heure. Pleine de fantaisie, tirant par moment sur l'absurde, Joy est une pièce jubilatoire. Lâchant le costume pour se retrouver tous en sous-vêtements, les danseurs se font face dans une sorte de battle très rythmée. Les filles claquent leurs pointes au sol ; les garçons y répondent en frappant du pied. Les deux groupes se croisent, se mélangent dans des ensembles très réussis, impressionnants par leur précision. La musique se fait hypnotique alors que les danseurs traversent la scène en sautant comme des biches. L'effet de groupe est impressionnant. « Est-ce que la joie est un choix ? » interroge encore une danseuse. Et si la joie naissait simplement du fait de danser ensemble, du geste, du rythme, du corps qui se meut, pieds nus, sur pointes ou talons hauts ? A chacun sa joie !

Crédit photographique : © Sigrid Colomyes

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