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Herbert Blomstedt à Berlin, le plus humain des chefs brucknériens

La maîtrise technique du chef reste unique, sa musicalité profondément humaine l'est encore plus.

Même le critique le plus endurci ne peut retenir son émotion : l'ovation par laquelle le public berlinois accueille le doyen des chefs lors de son entrée en scène est un élan d'amour auquel on ne résiste pas, et qui montre bien que, même si l'écoute passive est l'essence même du concert classique, c'est aussi un moment de dialogue entre humains d'une intensité incomparable.

Pour son concert annuel à Berlin, choisit la Septième Symphonie de Bruckner, au cœur de son répertoire, et au cœur du répertoire symphonique d'aujourd'hui souvent jusqu'à l'excès. Ce concert en tout cas n'est pas un Bruckner de trop. Il faut tout de suite faire un sort aux deux défauts principaux qu'on y aura entendus : le premier, c'est que le volume sonore lors des climax est souvent excessif, un peu plus de retenue n'aurait pas fait de mal ; le second, c'est que le finale paraît nettement moins inspiré, et si le métier du chef est toujours là l'interprétation est trop mécanique pour convaincre pleinement.

L'heure de musique qui précède est au contraire le produit d'un chef en pleine possession de ses moyens. Sa gestuelle est aujourd'hui réduite, mais il obtient cent fois plus que bien des agités du podium, et il ne fait aucun doute que c'est bien lui qui est à la manœuvre. Comme toujours dans de pareils concerts, l'importance de l'occasion conduit les musiciens de l'orchestre à donner le meilleur d'eux-mêmes. C'est particulièrement vrai pour , qui livre ici un véritable récital, mais on admire l'engagement de chaque musicien, que le vénérable chef emmène avec lui par sa force de conviction et non par la férule d'une volonté absolue.

Il suffit d'écouter la mélodie initiale des altos et des violoncelles, ancrée dans le sol en même temps qu'aérienne, expressive et pudique à la fois, pour comprendre que les notes ici prennent vie et que le plaisir hédoniste du beau son n'est pas le but recherché. On a souvent entendu de la part de Blomstedt des interprétations sombres des cosmos symphoniques de Mahler ou Bruckner ; ici la lumière est beaucoup plus présente, mais la sévérité du ton est à peine atténuée, comme une manière de se concentrer sur l'essentiel, sur l'émotion intérieure plutôt que sur son expression superficielle. On sait l'importance des silences chez Bruckner : on en a rarement entendu d'aussi habités qu'ici. Mais on admire aussi l'âme des crescendos, jamais mécaniques, jamais faits pour impressionner, toujours vibrants de vie intérieure. Le deuxième mouvement est ici un miracle de construction, la souplesse des mélodies allant de pair avec une précision scrupuleuse des tempi et de la dynamique : démonstration de l'art de la direction réduite à l'essentiel, leçon de vie et de musique, ce court concert laisse les spectateurs épuisés mais infiniment heureux.

Crédits photographiques : © Stephan Rabold

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