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Le Palais des dégustateurs poursuit son passionnant hommage à Carlos Païta

On sait gré au Palais des dégustateurs de rendre aux mélomanes le legs discographique du fougueux maestro argentin en y ajoutant des bandes radiophoniques d'une qualité sonore certes parfois médiocre mais d'une richesse et d'une imagination purement interprétatives qu'elles les rendent essentielles.

Le Palais des dégustateurs poursuit son hommage discographique au legs musical du maestro en reprenant tout d'abord deux gravures initialement parues chez Decca (Mahler) puis Lodia, label dédié au chef argentin (Wagner). Paradoxalement, le musicien s'y révèle non moins inspiré mais plus sage que dans ses gravures de Bruckner ou Dvořák de la même époque ; même la Symphonie « Titan » ne fait pas naître des contrastes exacerbés ou une dynamique démesurée comme dans sa Huitième du maître de Saint Florian. On admire en revanche l'équilibre des plans sonores et la maîtrise de l'orchestration, le lyrisme naturel des deux premiers mouvements comme le romantisme exacerbé du finale et la parodie grinçante de la marche funèbre. Quant aux deux extraits du Crépuscule des dieux, qui figuraient initialement avec la scène finale de l'opéra, ils impressionnent par leur sombre grandeur, particulièrement la marche funèbre de Siegfried d'une incontestable beauté.

Les deux autres disques reprennent des enregistrements publics de la RTBF, passionnants musicalement mais quelque peu déparés par une prise de son assez médiocre, notamment par sa dynamique parfois déroutante ainsi que par les rugissements très audibles du maestro (on songe à Celibidache…). Si la Symphonie n° 40 de Mozart, nerveuse mais plutôt sèche ne bouleverse pas la discographie, Une vie de héros révèle un Païta au meilleur de son imagination ; certes on s'étonne du rapport sonore instauré entre les grands passages les plus chargés et ceux les plus lyriques qui sonnent paradoxalement plus imposants que les premiers, à rebours de la partition ; mais comment ne pas être impressionné par le cataclysme déclenché lors de la fameuse bataille du héros, digne des plus grandes musiques de film. Sans rivaliser avec les grandes et géniales versions laissées par des chefs comme Boehm, Karajan ou Kempe, plus proches de l'esprit straussien comme plus raffinés dans leur maîtrise de l'équilibre sonore et s'appuyant sur les meilleurs orchestres germaniques (Berlin, Dresde ou Vienne), cette gravure n'en reste pas moins une attachante redécouverte.

Reste le CD le plus original, celui de musique française. Dans la sublime Péri de , sans doute le chef d'œuvre du musicien, Païta déploie un tapis sonore d'une richesse luxuriante digne des sortilèges de l‘Orient que Dukas voulait peindre ; sa Symphonie de Chausson, chauffée à blanc, témoigne de son génie pour insuffler une énergie torrentielle à l'orchestre, tandis que le rare mais tellement émouvant Adagio pour cordes de Lekeu rappelle que le musicien belge mort trop jeune n'a pas écrit que la sublime Sonate pour violon et piano immortalisée par Ferras et Barbizet. Une révélation ! Il reste encore de nombreux enregistrements de à rééditer, et l'on espère, sans doute aussi des inédits d'une aussi belle eau.

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