Dans l'Église Saint-Pierre-aux-Nonnains de Metz, un concert « atmosphérique » d'une grande densité spirituelle grâce aux splendeurs vocales et instrumentales de la part des musiciens de Louis-Noël Bestion de Camboulas.
Quelques semaines après les célébrations pascales, il était encore pertinent d'entendre un programme musical savamment concocté autour de l'office des Ténèbres traditionnellement célébré lors des derniers jours de la Semaine sainte. Centré autour du socle que constituent les trois fameuses Leçons de François Couperin, le concert de l'ensemble Les Surprises fait également découvrir des pièces moins connues de Guillaume Bouzignac et de Michel-Richard Delalande. Les Répons de Ténèbres de Marc-Antoine Charpentier sont habilement intercalés au sein des Leçons, belle occasion de croiser ce programme avec celui, précédemment offert par les mêmes artistes, construit autour des Méditations pour le Carême de Charpentier. Les agencements fonctionnent à merveille, la totalité du programme, donné sans entracte, se déroulant sans coupures et sans interruptions intempestives de la part des spectateurs. Si les trois Leçons de Couperin constituent indubitablement la pièce de résistance du concert, l'apothéose en est fournie par les remarquables extraits du Miserere de Delalande, magistralement théâtralisé par les répons, depuis le fond de la basilique, des quatre chanteurs dont les interventions succèdent au soliste vocal placé sur le devant de la scène. Tout au long du concert, les interventions groupées alternent avec les parties confiées au soliste, les éclairages étant eux aussi mobilisés pour créer, en fonction des pièces entendues, diverses variations dans l'atmosphère de recueillement induite par le concert. Toutes ces variations sont en parfaite adéquation avec la densité de la musique, l'intensité dramatique du texte et le climat d'introspection du programme. Variations de la lumière des projecteurs, mais également accompagnement constant de celle des bougies – électriques, certes… – disposées devant la scène et sur certains pupitres. Un concert « atmosphérique » comme on en voit peu, et comme on aimerait en vivre davantage.
Sur le plan de l'interprétation musicale, tous les voyants sont au vert. L'osmose entre la viole de gambe de Juliette Guignard, le théorbe d'Étienne Galletier et le clavier, orgue et clavecin, de Louis-Noël Bestion de Camboulas fonctionne à merveille. Les cinq chanteurs, trois ténors et deux barytons, forment eux aussi un tout impeccablement harmonieux. Parfaitement ajustés, les timbres de leur voix font merveille dans les divers échanges, et les deux solistes sont tout à fait à leur place dans leurs interventions, même si l'on a déjà entendu des timbres plus riches et plus fournis dans ces pages souvent interprétées par des voix de femme. Étienne Bazola dispose d'une voix saine et souple, Paco Garcia progresse de minute en minute, son ténor séraphique aux belles couleurs dorées emplissant sans difficulté l'espace de la Basilique Saint-Pierre-aux-Nonnains. Une très belle prestation, encore plus vivante et plus habitée que le bel enregistrement paru l'année dernière chez le label Alpha.
Crédit photographique : Louis-Noël Bestion de Camboulas © Andreas Harbac