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Le devenir du son avec Gabriel Erkoreka

Compositeur et pianiste basque très actif, collabore avec le , phalange sévillane dédiée au répertoire d'aujourd'hui dans ce nouvel enregistrement réunissant cinq pièces allant du trio à l'orchestre de chambre.

Ametsak (Rêves en basque) est un triptyque (2013-2021) dont le quintette un rien atypique – piccolo, clarinette basse, violon, violoncelle et piano – dénonce d'emblée le goût du compositeur pour les tessitures extrêmes. Erkoreka y sonde les arcanes du temps et de la mémoire, un espace d'ambiguïté traversé de souffle et de figures étranges où le piano-résonance joue un rôle central. Les instruments dardent leurs couleurs et modifient sans cesse la nature du spectre sonore dans une exploration immersive de la matière sonore guidée par le discours du rêve.

Écrit pour orchestre de chambre, Trance (2008) éprouve l'élasticité du temps musical, sans cesse étiré ou resserré, et le pouvoir du timbre au sein d'un espace très bigarré où chaque instrument semble libre de s'exprimer. L'écriture est solistique, constellatoire, en relais de timbre, générant une véritable Klangfarbenmelodie au mitan de l'œuvre : « une cartographie sonore de ce qui ne peut se nommer », nous dit la notice de programme, dans une pièce étonnante révélant une facette plus intimiste de l'univers d'Erkoreka.

Izaro pour quintette instrumental (celui du Pierrot lunaire devenu référent) est le nom d'une petite île de la côte de Bizkaia : musique «en flottement », superposant plusieurs couches temporelles, où le piano est conducteur. Au sein d'un discours toujours en tension, les résonances obsédantes d'une cloche et les stridences de la flûte entretiennent un climat presque suffocant.

La sonorité métallique des cordes de la guitare et son rythme inexorable fibrent l'écriture d'Orreaga (Roncevaux en basque) dont les sept instruments modèle un corps sonore polymorphe rehaussé par les couleurs de la percussion. L'œuvre est écrite à la mémoire de l'auteur, compositeur et chanteur basque Mikel Laboa, évoquant en filigrane la voix rauque du chansonnier racontant les hauts faits de l'armée de Charlemagne.

Tomba del tuffatore (Tombe du plongeur) est la pièce la plus récente de l'enregistrement (2023) qu'Erkoreka dédie au compositeur (1930-2021). Le titre renvoie à une fresque retrouvée sur le site archéologique de Paestum représentant un nageur plongeant dans la mer. Flûte et clarinette s'inscrivent en bicinium dans l'espace résonnant du clavier dont certaines touches « préparées » ajoutent une dimension percussive au trio. L'écriture relève de l'esquisse, mobile et transparente, qui hésite, balance, s'élance, amorce un rythme de danse (ou d'un cœur qui bat) et traverse le registre d'un seuil à l'autre : une musique sans bords, toujours aux marges du rêve, dont les Zahir restituent idéalement l'atmosphère et détaillent toutes les nuances.

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