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Le récital tout en maîtrise d’Alexandra Dovgan au Théâtre des Champs-Élysées

Connue très tôt comme une jeune prodige du piano, adoubée par Grigori Sokolov, la pianiste russe qui a fêté l'an dernier ses dix-huit ans, revient au Théâtre des Champs-Élysées pour un récital soliste au  programme ambitieux, deux années après sa dernière apparition comme soliste sur cette même scène parisienne.

 

Presque deux ans jour pour jour après son dernier récital parisien dans la même salle, plongée dans une profonde pénombre comme lorsque le mentor de Dovgan, Grigori Sokolov vient enchanter ses auditeurs, la pianiste russe revient pour un programme de haute volée dans le cadre de la saison Piano 4 étoiles. Comme précédemment, elle l'ouvre par une pièce de Bach, cette fois la Toccata BWV 914. Elle en souligne le côté de fausse improvisation écrite, presque rhapsodique. Quoiqu'elle s'en défende en interview (Alexandra Dovgan, de jeune prodige à grande artiste – ResMusica), son Bach reste très marqué par un style romantique et quasiment symphonique proche de la vision de Busoni. Mais la clarté des plans sonores demeure phénoménale et la lisibilité de l'ensemble parfaite d'un bout à l'autre. Vient ensuite l'ante-pénultième sonate de Schubert. Le contrôle permanent que la jeune virtuose exerce sur la pièce en la maintenant notamment dans une dynamique relativement limitée la prive de l'effusion romantique tellement bouleversante du dernier Schubert. Mais le rythme de marche du mouvement lent comme la chevauchée finale du dernier, évoquant une chasse fantastique à la façon du Roi des aulnes, emportent les réserves de l'auditeur.

En seconde partie, se tourne vers Chopin dont elle admet à quel point il la fascine actuellement. La Barcarolle qui ouvre cette seconde moitié du programme restera comme le sommet du concert par sa rare perfection de phrasé, l'élégance parfaite du galbe des phrases, l'émotion pudique mais réelle ; du très grand art. La troisième sonate qui suit nous fait un peu revenir à la réalité, même si l'impeccabilité technique de la musicienne demeure impressionnante, de même que sa maîtrise tant de l'architecture que de l'étagement des plans sonores, de l'équilibre parfait entre les deux mains ; il manque juste un peu d'abandon notamment dans le sublime mouvement lent où l'accompagnement prend parfois le pas sur la mélodie. Il est vrai que le festival des tousseurs sans gène n'a certainement pas aidé la concentration de la musicienne. Cela n'a pas empêché le public de lui réserver une « standing ovation » dont il fut récompensé par trois bis, une mazurka de Chopin, une étude-tableau de Rachmaninov et une pièce de Rameau.

On quitte le Théâtre des Champs-Élysées en admirant l'évolution de la protégée de Grigori Sokolov mais en pensant qu'elle peut encore sans doute gagner en abandon et fendre vraiment l'armure pour monter encore plus haut.

Crédits photographiques © Vladimir Volkov

 

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