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Dvořák rajeuni par le violoncelliste Raphaël Jaoun et l’Orchestre de Metz : un match à domicile

Le Gofriller de Casals sous les doigts de Meneses, puis dans les mains d'un jeune virtuose alsacien : le Concerto en si mineur op. 104 de Dvořák fait resplendir ce violoncelle historique (Venise 1710) dans l'interprétation de Raphaël Jaoun avec l' sous la baguette de .

Après que l'orchestre a présenté l'inventaire du 1er mouvement avec son début feutré à la clarinette, le cor nostalgique et les tutti en ébullition, et que les graves ont déroulé le tapis de leur accord majeur, le soliste entré sur scène attaque le thème avec vigueur, contrairement à Casals qui s'y est lancé avec précipitation sur ce même instrument. L'articulation des premières mesures par Jouan fait preuve d'un souci pour les détails infimes : petites notes de transition légèrement rallongées, ample sonorité des accords plaqués, chant éthéré du deuxième thème comme l'écho au cor initial (la nostalgie pure de Dvořák vivant en Amérique, loin de sa Bohême) où le violoncelle dessine un grand arc au pianissimo dans les aigus sans la moindre baisse de tension. On note la façon d'accompagner les lignes mélodiques de l'orchestre par les arpèges virtuoses que le soliste maîtrise comme si de rien n'était, placés avec humilité en retrait. Les doubles croches escaladant la touche jusqu'au précipice et les octaves en glissandi vertigineux le long du parcours, tout est fluide. Le dialogue avec les musiciens s'installe avec une infinie richesse de nuances. Le violoncelliste est toute oreille lorsqu'il donne ses répliques (ce qui n'étonne pas, vu que ses parents font partie des cordes !), comme par exemple à la reprise ralentie du thème en la-bémol mineur où les cantilènes du soliste et de la flûte s'interpénètrent comme duo ensorceleur au-dessus du trémolo en catimini des cordes. Un moment de profonde intimité, une intimité d'autant plus envoûtante dans le mouvement lent où le caractère langoureux du thème articulé en pianissimo offre au violoncelle de déployer son potentiel émotionnel. Dans l'Allegro final le soliste semble redoubler l'agitation dans l'orchestre par des trilles électrisantes et les triolets torrentiels, des contrastes avec le lyrisme intermittent en dialogue avec les vents – histoire de prendre du recul. Mais son dernier fa-dièse tiré en longueur depuis le pianissimo jusqu'au fortissimo pour inciter l'orchestre à prendre le sprint final ne manque pas son effet, le concerto se conclue sur la sonorité spacieuse aux cuivres retentissants, conformément aux gestes grandiloquents de la musique de Dvořák.

Le Rondo op.94 ajouté en bis met une fois de plus le caractère nostalgique du thème en valeur, et la Waldesruhe op.68 ressemble à un air d'opéra dont les cantilènes amoureuses planent au-dessus de toute une panoplie de mélodies réparties sur les différents registres. réussit à tirer de son Gofriller les sons sublimes qui nous transportent loin, dans des sphères où règne le bonheur.

En visionnant sur YouTube l'Orchestre national de Metz jouer son concert de Nouvel An 2023 on est emporté par l'enthousiasme des musiciens, par le feu sacré de qui semble électriser l'orchestre, par la netteté dont éclatent les accords plaqués brefs.  Dans ce disque, la prise de son risque de privilégier parfois les vents tonitruants dans les tuttis. Par contre, dans le dialogue du soliste avec la flûtiste la proximité du son des bois s'avère d'autant plus bénéfique.

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