A la croisée des influences espagnoles et italiennes, Naples connaît une vie musicale intense dans les premières années du XVIIᵉ siècle. C'est là que nous emmène Albert Recasens dans son voyage à travers l'Espagne baroque.
En 1600, Naples est espagnole depuis plus d'un siècle. La cour des vice-rois accueille de nombreux artistes et son rayonnement est grand dans toute l'Europe. Sur la colline du Pausilippe, les nobles organisent des fêtes somptueuses dans leurs villas. L'activité musicale se développe avec la naissance des premiers conservatorii, fondés au XVIᵉ siècle comme établissements caritatifs destinés à accueillir les orphelins. A l'époque choisie pour ce programme, le vice-roi est le Duc d'Osuna, personnalité complexe et flamboyante, qui fréquente autant les lieux de plaisir populaire que les salons aristocratiques. Le programme proposé ici est à son image, brassage du madrigal savant et des danses populaires.
Après deux disques remarqués qui nous ont amenés dans l'Espagne du XVIIIᵉ siècle, la Grande Chapelle fait donc étape à Naples au début du XVIIᵉ siècle. Le programme de cet enregistrement comporte trois parties : des œuvres vocales pour la chapelle royale, des madrigaux de cour, les danses d'un bal au palais. Les motets sacrés de la première partie sont tous de Trabaci, le compositeur le plus important à la cour des vice-rois à cette époque. On y retrouve l'écriture polyphonique vénitienne à deux chœurs. Les voix des chanteurs sont magnifiquement timbrées. La deuxième partie s'ouvre sur une danse instrumentale à la fois noble et bien rythmée avec l'arrivée des castagnettes, suivie par deux madrigaux riches de chromatismes qui rappellent Gesualdo. Les réjouissances de la dernière partie, un bal donné à l'occasion de la guérison du roi Philippe III en 1620, nous ramènent vers la musique d'inspiration populaire. On dispose des textes décrivant précisément la mise en scène éblouissante de ce bal, qui représente l'équivalent des grands ballets de cour français. Remarquables sont les interventions des ensembles de vents, chalemies et sacqueboutes. La Grande Chapelle, avec sa verve habituelle, nous donne ainsi à découvrir une nouvelle facette de la vie musicale espagnole, servie ici par des compositeurs italiens ; et nous saluons le choix d'un programme original et festif, où de nombreuses pièces sont ici enregistrées pour la première fois.