Phia Ménard, chorégraphe, circacienne plasticienne poursuit son travail autour des pièces du vent avec Nocturne (parade), présenté aux Subs à Lyon, en partenariat avec la Maison de la danse. Dans un espace circulaire, elle dessine avec ses marionnettes un chemin de l'ombre à la lumière.
Le public est accueilli par l'artiste et son complice Fabrice llia Leroy pour son installation sur les gradins autour d'un plateau circulaire en bois. Le spectacle débute dans un noir total sur fond de pas de cheval et d'un texte évoquant un père, son fils et un roi des Aulnes qui rôde sur le chemin. La lumière revenue, les deux interprètes brandissent de grands drapeaux noirs sur lesquels sont imprimés tour à tour des êtres humains, des squelettes et un tank. L'atmosphère est lourde d'autant plus que Fabrice llia Leroy porte un masque de mort. Au centre du plateau Phia Ménard et une marionnette de plastique transparent à taille humaine se rencontrent avec douceur. Le mouvement de la marionnette est impulsé par des souffleries, lui donnant sans cesse une silhouette changeante et mouvante. Phia Ménard pose un cerceau au bout de la main et le personnage dans une danse circulaire et aérienne joue avec l'accessoire. Il monte en l'air en tournoyant, redescend et tourne encore. Entre magie visuelle et cirque imaginaire, le public semble fasciné par l'image légère.
Mais ce n'est qu'un début, d'autres petites marionnettes surgissent sur le plateau. Faites de sacs plastiques noirs rehaussés de têtes de mort, elles viennent envahir l'espace. C'est en effet une danse macabre qui s'installe. Un théâtre du peu, de l'économie. Phia Ménard et Fabrice llia Leroy nous proposent un univers de bricolage très sophistiqué qui nous embarque sur ce chemin de passage de mort à résurrection.
La plasticienne a imaginé ce spectacle son père étant mourant. Au delà de l'aspect fascinant des images, elle nous fait vivre sa démarche d'accompagnement intime d'une personne face à la mort. Elle donne ainsi un souffle à ce passage post mortem. Au fil des tableaux, le personnage adulte se transforme en père, un plus petit entre en scène. Il chevauche un grand cheval, tout aussi gonflé d'air et transparent. Puis un univers plus coloré de marionnettes suggérant une équipe de sport dans une chambre d'ado, glisse soudainement vers un champs de bataille. La scène est encombrée. Des bombes de papiers tombent sur la masse de ces personnages d'air et de plastique. La longue fureur cyclonique s'éloigne enfin.
C'est alors que Phia Menard reprend sa place sur la scène. Comme si elle avait laissé le public seul devant les images qui ont pris vie devant nous, elle se réveille de ce cauchemar pour mieux nous livrer une note d'espoir. La belle image diaphane et aérienne qui clôt le spectacle nous laisse entrevoir la lumière.
Une nouvelle fois Phia Ménard nous livre une pièce de poésie, aux images maîtrisées et pleines de sens.