Déjà monté l’été dernier au Festival Avignon dans la cour du lycée Saint-Joseph, Derniers Feux, du chorégraphe orléanais Némo Flouret, prend le public du Grand Palais d’été au dépourvu avec une pièce déroutante.
Sous l’imposante nef du Grand Palais, un son résonne, presque imperceptible au départ, avant que l’on identifie, au loin, une minuscule silhouette. Il s’agit de la trompettiste Susana Santos Silva qui, tout en lenteur, descend l’escalier magistral avant de s’avancer sous la grande coupole avec des sons distordus, parfois dissonants, qui se transforment peu à peu en une sorte d’appel.
Petit à petit, les interprètes la rejoignent. Trois danseurs se livrent à un ensemble nerveux et parfaitement exécuté, tandis que les autres jouent les techniciens de plateau ou de chantier, déplaçant des plaques de cartons ou des barres de bois d’un côté à l’autre de l’espace. Le public, d’abord intrigué, est vite déstabilisé par ce mouvement perpétuel qui n’évolue guère. L’espace est en permanente construction/déconstruction/reconstruction, symbolisant « le côté éphémère et immatériel du monde dans lequel on vit » selon Némo Flouret.
Les trop peu nombreux morceaux dansés sont très bien exécutés mais sont eux aussi répétitifs et peu variés. Seuls les costumes créés par Satoshi Kondo pour la maison Issey Miyake apportent ça et là des touches de couleur bienvenues. Le beat d’une caisse claire rythme le travail des danseurs/manutentionnaires, menés également par des ordres scandés au mégaphone. L’ensemble aboutit vite à une cacophonie à laquelle s’ajoute des effets pyrotechniques qui viennent renforcer le chaos général.
Si le propos de Némo Flouret est « de placer l’humain face au vide, face à ce qui le dépasse… face à l’après, face à la fin, à la mort, aux changements, à la dernière fois, aux bouleversements du monde et de l’existence », le monde d’après qu’il nous livre dans Derniers Feux ne convainc guère. Aucune trame narrative claire se dégage de cette pièce décrite comme « une utopie naissante portée par onze performeurs qui tentent de donner corps ensemble à un monde après le monde » . Rien ne se dégage de ce mouvement perpétuel et répétitif, de cette « tempête visuelle et sonore » comme la décrit le chorégraphe, qui finir par lasser sans provoquer l’émotion, si ce n’est par les derniers sons de la trompette inventive de Susana Santos Silva qui tirent vers le jazz et referment le spectacle comme il l’avait commencé, sur un grand espace vide.