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Weinberg défendu par Kristina Cooper : du violoncelle tout en retenue

La musique de Weinberg et Korngold n’est heureusement plus si oubliée de nos jours, et l’on ne saurait négliger les nouvelles parutions les concernant. Le jeu des interprétations commence à se mettre en place, la parole est ainsi donnée à .

Malgré un imposant corpus, Weinberg a écrit peu de concertos : un pour violon, un pour clarinette, deux pour flûte et un pour violoncelle. Pour ce dernier, composé à la fin des années 40 alors que l’auteur n’avait pas encore atteint la trentaine, il fallut attendre presque dix ans pour sa création par son dédicataire Mstislav Rostropovitch en 1957. Sa structure est en quatre mouvements, sa couleur à la fois lyrique (I), nostalgique (II) et virtuose (III), fait ressortir par moments celle de la musique klezmer juive. Le retour en finale du thème initial déjà réentendu dans la cadence du III forme une architecture cyclique cohérente. L’espèce de douce habanera fantomatique qui rythme le II transforme le duo soliste-orchestre en concerto d’orchestre avec les multiples interventions des différents pupitres. Il n’y a pas un moment neutre ou vide dans ce concerto : tout donne sens et rien n’est prétexte à virtuosité creuse.

La violoncelliste américaine nous donne ici certainement son premier grand disque soliste. Et pourtant, de tous les concertos de Weinberg évoqués plus haut, c’est celui pour violoncelle qui donne à notre goût le plus de satisfactions. A côté de la version historique par Mstislav Rostropovitch (avec Guennadi Rojdestvenski) et celle de Nicolas Altstaedt (avec Michal Nesterowicz, Clef d’Or ResMusica), l’on n’hésitera pas à le mettre en regard d’une autre très grande version qui aura l’avantage sur celle-ci de s’appuyer sur une phalange et un chef qui fréquentent davantage ce répertoire – l’ et – que le plus neutre orchestre lituanien de Kaunas dirigé par . L’unité stylistique va assurer une cohérence à cet enregistrement : tout du long, les tempi adoptés gardent une certaine ampleur, même dans les passages rapides. Si l’adagio initial, le moderato et adagio qui suivent ainsi que la conclusion générale ont tout à y gagner, l’allegro s’embourbe toutefois dans une pesanteur qui nuit à l’expression de cette partie, sorte de point culminant pourtant, de réveil brutal nécessaire après ces grandes plages de méditation développées en I et II. De plus, les très nombreuses interventions des pupitres de vents restent un peu en retrait par rapport à la soliste alors qu’un vrai dialogue aurait apporté davantage de couleurs et de relief.

Tout l’intérêt se reporte donc sur  : son jeu fait ressortir la retenue de ses attaques, toutes en douceur – presque trop pour l’allegro et la cadence – et surtout son adéquation parfaite avec le chant magnifique entendu dans l’adagio initial, qui semble porté et soutenu par un immense arc mélodique, d’une profondeur d’intention remarquable. Cette unité du phrasé arriverait presque à nuire à la cadence du III dans le sens où Kristina Cooper nous raconte sans orchestre une seule et même histoire, alors que , le soliste de , lui, nous en raconte plusieurs. Ce n’est qu’en comparant ces deux versions que l’on se rendra compte des limites toutes relatives de cet enregistrement.

On ne pourra que reporter ces quelques remarques sur la fantaisie pour violoncelle qui suit : de quelques années plus tardives, c’est une œuvre qui s’inscrit dans les années de dégel post-stalinien, plus « neutre », davantage dans le consensus que dans la contestation et la modernité. Mais cela n’enlève en rien de sa qualité et elle ne peut être tenue pour une œuvre mineure. L’expression de son écriture est en parfaite adéquation avec les intentions artistiques de Kristina Cooper, légèrement trop neutres.

On passera avec plus de rapidité sur le Concerto pour violoncelle de Korngold : « concerto » est d’ailleurs un bien grand mot pour cette œuvre d’à peine quinze minutes, initialement écrit pour un film, développé par la suite et presque contemporain de celui de Weinberg, d’un romantisme tardif égaré au lendemain de la seconde guerre. L’orchestre très fourni de Korngold et ses intentions musicales n’ajoutent ni n’enlèvent rien au jeu de Kristina Cooper qui fait ce qu’elle peut pour s’imposer et conduire la ligne de chant bavarde et superficielle de cette partition, que l’on prendra ici comme un bonus sans nécessité mais agréable seulement à l’écoute.

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