Dans un programme taillé sur mesure convoquant Catalani, Verdi et Tchaïkovski, Ricardo Muti célèbre 50 ans de compagnonnage avec le « National » dont il vient d’être nommé Chef émérite.
Un concert de gala avec nombre de personnalités (Sybil Veil, Christine Lagarde…) qui s’ouvre sur une découverte avec Contemplazione d’Alfredo Catalani. Un compositeur qui reste dans la mémoire du public comme l’auteur d’une œuvre unique, la célèbre Wally (1892), qui ne doit pas cependant faire oublier des débuts dans la veine symphonique et notamment cette Contemplazione, composée en 1878 à l’occasion de l’Exposition universelle, créée au Palais du Trocadéro par l’Orchestre de la Scala de Milan. Redécouverte à la fin du XXe siècle, enregistrée en 1997 par Riccardo Muti, cette œuvre, alliant lyrisme italien, élégance française et opulence orchestrale allemande, rappelle les intermezzi d’opéras par son ton élégiaque, intimiste et méditatif. Le maestro en donne, ce soir, une lecture très lyrique (legato des cordes), tendue, sensuelle et nuancée se déroulant sur une ligne mélodique oscillant entre douleur et chant d’amour, laissant émerger les performances solistiques superlatives du National (clarinette de Patrick Messina et hautbois de Mathilde Lebert) et de beaux contrechants de cuivres.
Climat bien différent avec Les Quatre saisons de Giuseppe Verdi, annoncées par de tonitruantes percussions et fanfares. Il s’agit en fait d’une musique de ballet qui s’intègre dans Les Vêpres siciliennes (1855) grand opéra en 5 actes avec ballet obligé, situé au 3e acte, fruit d’une commande de l’Opéra de Paris. Véritable spectacle dans le spectacle, ce ballet propose une allégorie des saisons, divertissement chorégraphique sans lien avec le drame. Force est de reconnaitre que privée du support narratif et chorégraphique cette pièce fait rapidement figure d’exercice d’orchestre et de direction destinée à faire briller tout à la fois les différents pupitres de l’orchestre et la direction virtuose du légendaire chef napolitain qui semble s’en donner à cœur joie. Elle se décline en quatre mouvements où chaque saison est évoquée par une suite de danses, de tempo et de rythmes variés : l’hiver met en avant cordes et bois dont un superbe solo de clarinette ; le printemps par sa dynamique soutenue qui n’est pas sans rappeler le brindisi de la Traviata, fait la part belle à la harpe et à la petite harmonie (flute et piccolo) avec un beau solo mélancolique du hautbois qui annonce un changement d’atmosphère avec l’arrivée de l’automne soulignée par le pupitre de violoncelles et le trombone solo. Si l’on admire sans réserve toutes les performances solistiques, ainsi que la cohésion de l’orchestre et la précision de la direction, il faut bien admettre que cette pièce (et cette lecture) apparaissent, in fine, de peu d’intérêt, se limitant à un bel exercice orchestral, sans véritable émotion.
Autre compositeur de prédilection du maestro, Tchaïkovski dont il a choisi ce soir la Symphonie n° 4, premier épisode (1878) de la trilogie du fatum dont il livre une lecture éminemment romantique à mille lieux des interprétations russes de référence (on pense à Mravinski) infiniment plus âpres. Elle se compose de quatre mouvements : un Andante sostenuto initial qui énonce aux cuivres le thème récurrent du fatum émergeant dans une alternance d’épisodes lyriques (cordes, petite harmonie), de dramatisme (cor), d’agitation et d’urgence (cuivres et percussions). On regrette les tempi parfois un peu lents et un certain manque de continuité et de tension dans le discours où les plans sonores peuvent paraitre, par instants, un rien confus malgré un engagement sans faille du chef ; un Andantino très lyrique où se distingue le hautbois, le basson et les violoncelles, sommet de l’effusion lyrique où manque encore tension et émotion ; un Scherzo plein d’allégresse et de fantaisie avec ses pizzicati de cordes virtuoses qu’on aurait aimé plus tranchants, interrompu en son mitan par un trio confié à la petite harmonie ; un finale endiablé, porteur d’une joie ambiguë et douce-amère, troublée une dernière fois par l’irruption menaçante du fatum…
Crédit obligatoire : © Christophe Abramowitz / Radio France