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Dudamel en révolution à Berlin, de Gabriela Ortiz à Beethoven

Une œuvre récente mais pas moderne, et un Beethoven énergique mais prosaïque : il en faut plus pour un grand soir.

Revolución Diamantina, la première pièce de la soirée dont Dudamel a assuré la création à Los Angeles en 2023, porte dans son titre ce qui fait l’unité de la soirée. Pour , la révolution est une affaire récente : cette « révolution de diamant » désigne un mouvement social d’ampleur né en 2019 dans sa patrie mexicaine pour protester contre le poids des violences faites aux femmes, sans nul doute une cause capitale, que le monde de la musique classique aurait bien tort de refuser de voir, d’autant que le mouvement #MeToo n’y a qu’à peine pénétré. La musique de , elle, est tout sauf révolutionnaire, pour ne pas dire contre-révolutionnaire : là où Beethoven, comme Nono 150 ans plus tard, inscrivait la révolution jusqu’au cœur de la musique, Ortiz habille du terme « révolution » un éclectisme d’une grande banalité, qui revendique l’héritage de Stravinsky au moyen d’une pesante citation du Sacre, mais aussi celui de Ligeti, dont on comprend difficilement pourquoi il est si souvent loué par les anti-modernes : le début du deuxième mouvement (« acte ») fait penser à Clocks and Clouds, mais avec en contrepoint une mélodie de cordes sirupeuse qui ferait plutôt penser à un Tchaïkovski en panne d’inspiration.

La pièce se présente comme un ballet, et peut-être une chorégraphie permettrait-elle de rendre plus explicites les intentions de la compositrice, épaulée pourtant par une dramaturge ; les quelques mots intelligibles prononcés par les huit chanteuses ne nous y aident guère, pas plus que les titres des mouvements. Le soutien marqué qu’apporte Dudamel à l’œuvre d’une compositrice qu’il avait déjà programmée deux fois avec le Philharmonique de Berlin se comprend, tant l’écriture d’Ortiz est proche de sa manière de diriger, avec cette foi infinie dans le rythme et dans l’énergie. C’est entraînant, bien sûr, on ne peut nier une certaine efficacité, mais la musique ne peut-elle pas plus que cela ?

Après l’entracte, c’est l’Eroica qui est chargée de représenter l’imaginaire révolutionnaire de Beethoven. Son interprétation par Dudamel a déjà fait l’objet d’un enregistrement, avec son orchestre Simón Bolívar, il y a dix ans : on ne peut pas dire que son interprétation ait véritablement mûri depuis, même s’il nous épargne ce soir le bien inutile étirement du mouvement lent qu’il avait pratiqué en 2016. Certains ont beaucoup moqué, il y a quelques décennies, l’énergie nouvelle qu’insufflait un Nikolaus Harnoncourt à ce répertoire, mais il ne suffit pas de donner le premier rôle aux timbales pour donner de la vie : contrairement à Harnoncourt, Dudamel que la surface de la partition ; on s’ennuie ferme dans ce scherzo si peu spirituel, et l’art de la variation dans le finale perd tout de sa force révolutionnaire.

L’énergie avant tout, comme dans l’œuvre précédente. Dudamel ne se préoccupe guère de la grande forme, pas plus que du son orchestral : le son des cordes est banal et peu diversifié ; si les vents solistes ne perdent pas leurs qualités instrumentales, la beauté sonore tourne ici à vide, tant la direction de Dudamel ne les sollicite pas. L’avantage des grands classiques, c’est que l’auditeur connaît d’avance tout le potentiel de ce qu’il entend ; un auditeur qui ne connaîtrait rien à Beethoven et l’Eroica trouverait sans doute ce qu’il a entendu ce soir bien bien fade.

Crédits photographiques : © Stephan Rabold

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