Le pianiste Billy Eidi rend un nouvel hommage aux « miniatures » de son ami Guy Sacre. Une musique hors du temps toute en rêveries.
Le compositeur Guy Sacre (né en 1948) a consacré l’essentiel de son œuvre au piano. Et quasi exclusivement à de courtes pièces, miniatures rêveuses ou inquiètes, aux harmonies délicatement complexes, entre Préludes, Impromptus, Chansons enfantines, Sonatines, Sérénades, comme autant d’hommages au passé, nostalgie d’un monde perdu et fragile.
Après un premier album il y a prés de vingt ans chez Timpani, le pianiste Billy Eidi revient à la musique de Guy Sacre, avec un recueil de pièces s’étalant de 1978 à 2012, mais sans que jamais les choix esthétiques ne varient, une bitonalité récurrente étant la seule « audace » harmonique concédée. Mais malgré sa simplicité apparente, la musique de Guy Sacre n’est pas simpliste.
Les Dernières chansons enfantines qui ouvrent cet album ne font pas partie du même univers d’enfance que celles d’un Schumann, d’un Fauré, d’un Debussy ou d’un Ravel par exemple. Ici nulle féérie, nul enchantement, guère d’innocence. Les « chansons » de Guy Sacre sont celles d’une enfance fragile, tristement douce, les rondes sont plus bruyantes que joyeuses, il y a comme un sentiment de paradis perdu. Pianiste sensible et raffiné, Billy Eidi s’empare avec sincérité et poésie de ces pièces « de peu ».
Le constat est le même avec les quatre Sonatines d’hiver, de printemps, d’été et d’automne. Les saisons ne sont qu’un prétexte à ces pièces qui n’ont rien de descriptif mais révèlent plutôt un état d’esprit : des « frissons » ravéliens au début de L’hiver, le bucolisme du Printemps ou la « valse oublieuse » de L’automne.
Les Treize impromptus qui clôturent l’album sont autant de moments fugitifs, s’affranchissant des règles (à part le respect de l’ordre descendant de la gamme harmonique), comme improvisés, pour s’achever sur la pointe des pieds.
Billy Eidi, grand spécialiste des répertoires méconnus, rend ici un hommage à ce compositeur ami (avec qui il a fondé l’association Contrechants), auteur d’une musique discrète qui sait se révéler plus profonde qu’elle n’y parait, pour qui sait prendre le temps de l’écouter.