C’est dans la salle des mariages de la Mairie du 11ème arrondissement de Paris que Claire Dupont, la directrice du Théâtre de la Bastille, a présenté la saison 2026-2027. Une présentation hors-les-murs qui prolonge le travail effectué depuis trois ans par le théâtre parisien pour se déployer à l’extérieur, afin de rencontrer les publics où ils se trouvent.
Cette année, c’est avec Betty Tchomanga, artiste associée qui présentera sa nouvelle création The Sea is History au cours de la saison, qu’une programmation « Échos du monde » a été imaginée. La directrice a résumé cette saison à travers quatre parcours thématiques, qui mêlent théâtre, danse, performance et le premier concert accueilli depuis longtemps au Théâtre de la Bastille avec un concert de reprises du répertoire de Christophe par le pianiste et chanteur Bachar Mar-Khalifé, pour cinq représentations du 3 au 7 novembre.
Le premier parcours s’articule autour les grands récits. Hurlevent, mis en scène par Maelle Dequiedt, remettra sur l’établi la grande histoire d’amour passionnelle de ce roman dans un travail très plastique et musical. Dans la même ligne, on découvrira le tout premier spectacle d’une jeune compagnie menée par Julien Vella, issue de l’équipe de Sylvain Creuzevault, d’après L’homme sans qualité de Robert Musil. L’amant de Marguerite Duras par Noémie Gantier (qui fait partie de l’équipe de Julien Gosselin) dans sa forme courte (1h30) sera accueilli hors-les-murs à la Mairie du 11ème le 10 décembre. « Les grandes oeuvres ne sont jamais figées, elles reviennent, se déplacent et les formes se réinterrogent sans cesse », affirme Claire Dupont.
Le deuxième parcours, « Le monde en scène », poursuit l’ouverture de la salle de spectacle sur les écritures du bassin méditerranéen, en accueillant des compagnies de l’entre-deux, peu présentées à Paris. Le Théâtre de la Bastille est en effet le théâtre de l’entre-deux, qui permet de présenter des séries de représentations – ce qui est essentiel pour les artistes. Dans le cadre de la Saison Méditerranée, on s’intéressera au parcours de deux chorégraphes libanaises, Nivine Kallas qui part de son histoire personnelle et de l’assignation au silence qu’elle a connu petite fille et Khouloud Yassine, qui s’intéresse à la question de la domination et du masculinisme. Wichaya Artamat, metteur en scène thaïlandais s’inspirera des récentes révoltes thaïlandaises dans Six Days in October. Cabaret Téhéran de Gurshad Shaheman, artiste associé depuis trois ans, fera renaître les nuits mythiques de la capitale iranienne avant la révolution islamiste, en faisant revivre les grandes voix de l’époque. On va également retrouver Alberto Cortès, performer espagnol qui a joué au Théâtre de la Bastille l’année dernière, une co-découverte avec le Festival d’Automne, avec El corazón de Ester. Artiste singulier, espèce de Peter Pan shakespearien, il raconte une grande histoire d’amour fictionnelle. Samar Haddad King, programmé dans le cadre du festival de danse Faits d’hiver, contera enfin l’amitié entre deux jeunes hommes dans les pays méditerranéens. « Il est important de toujours garder une fenêtre ouverte sur d’autres réalités de création, dans les autres pays du monde », souligne la directrice.
Le troisième parcours, c’est « vie intime, identité et émancipation », autour de sujets qui reviennent très souvent dans les programmations. La saison s’ouvrira avec Je meurs de ne pas mourir de Paco Bezera, un auteur espagnol, pour une production déléguée du Théâtre de la Bastille. Un texte arrivé par la Maison Antoine Vitez, lu par Estelle Meyer et mis en scène par Aurélia Lüscher, qui raconte le parcours d’une femme à la marge en Espagne, qui finit en DJ set. Suivi par Ix : variations de Marcos Caramès-Blanco et Sacha Starck. Ensuite, Le convoi de Beata Umubyeyi Mairesse sera proposé en lecture performée sous le regard de Fanny de Chaillé, qui dirige le Centre national dramatique de Bordeaux. Eva Doumbia sera accueillie au Lycée Voltaire pour un récit autour de la Shoah, Germaine et Sarah 1943. Enfin, la philosophe Virginie Aflalo interrogera la mort de son père dans Tout doit disparaître.
Le dernier parcours croise deux mouvements avec The Sea is History, une grande forme de danse par l’artiste associée Betty Tchomanga, accueillie avec le Festival d’Automne. A voir aussi, Roman Empire de Camille Dagen qui parle d’un phénomène amusant né sur les réseaux sociaux, où beaucoup d’hommes pensent à l’empire romain, et qui interroge le goût pour l’empire, la force et l’architecture monumentale. Puis Autothérapy de Mackenzy Bergile, découvert grâce à Betty Tchomanga, qui réétudie son spectacle sur la décolonisation en fonction des lieux où il est montré. Ensuite, Exhibit A de Sihame Haddioui et Ilyas Mettioui sera présenté à l’université Paris 3. Et enfin, cette saison la programmation s’adressera de nouveau au jeune public, avec le Théâtre de la Marionnette à Paris, avec Olalaland, un spectacle de Lionel Dray et Clémence Jeanguillaume.