Sept représentations dans le Périgord Noir – et une en Corrèze ! – sont prévues pour cette nouvelle Carmen du Festival Più di Voce qui allie depuis vingt ans la force d’artistes vocaux professionnels à la ferveur lyrique d’artistes amateurs engagés.
Le célèbre opéra-comique de Bizet est une terre conquise pour la troupe du festival qui a déjà réalisé une adaptation de l’ouvrage en 2016, fort d’un spectacle autour de la bohémienne présenté en 2011, « Carmen et l’Espagne dans l’Opéra ». Pour cette nouvelle production, c’est une ambiance de théâtre de tréteaux, ou plutôt de théâtre de foire – puisqu’on est au XIXe siècle -, que l’on retrouve, avec toutes les composantes qui font la singularité de ce projet lyrique : un concept « de poche » qui mêle artistes professionnels et élèves du conservatoire de la région ; un pianiste – agrémenté ici d’une flûte traversière – à la place d’un orchestre ; un narrateur (le président de l’association, Patrick Magnée) pour pallier l’absence de sous-titres, qui ne sont pourtant pas indispensables au regard de la qualité de diction des différents protagonistes de la distribution vocale ; mais ce personnage créé de toute pièce résonne avec les scènes parlées de la version d’origine. Quelques accessoires soutiennent une mise en scène sur estrade, sage mais de qualité, réhaussée par le cadre du site troglodytique de la Roque Saint-Christophe où les rochers, les ombres et les espaces « hors-scène » sont exploités au mieux pour dynamiser l’action.
Si le soprano lyrique de Fabienne Conrad ne lui permet pas de déployer la sombre sensualité fougueuse de la Carmen communément acquise, la chanteuse ne démérite pas, ne se fourvoyant ni dans l’exagération, ni dans la vulgarité, mais offrant ses atours avec un engagement scénique évident malgré sa blessure au genou lors des répétitions ! Sa Carmen est plus joueuse qu’aguicheuse, sorcière mais pas diablesse. Le Don José de Vincent Guérin, campant un personnage pataud devant cet amour qui le dépasse, maîtrise sa partie, l’agrémentant d’heureuses nuances et d’un legato bien amené. Bernard Arriéta, sous les traits d’Escamillo, manque souvent de consonnes percutantes pour être toujours intelligible, mais son charisme et son chant noble compensent quelque peu cette faiblesse.
Lise Nougier présente une belle Micaëla, sage et timide dans son jeu théâtral, son chant solide et assuré, d’une belle ampleur, retraçant parfaitement l’humanité de la jeune femme. Elodie Campillo (Frasquita) brille par son plaisir communicatif de la scène, toute aussi convaincante que les contrebandiers Raphaël Chantalat (Le Dancaïre) et Adrien Accard (Le Remendado), Thomas Guilbert Selb (Zuniga) affirmant une autorité manifeste dans son rôle de lieutenant de la garde.
Mention spéciale pour le pianiste Jean-François Boyer qui sait donner toute la fougue nécessaire à ces deux heures et demi de spectacle, la flûte traversière de Camille Boyer, plus discrète, permettant d’autres couleurs feutrées à certains moments de l’intrigue. Dommage que le chœur des gamins, élèves des deux conservatoires de la Région Nouvelle Aquitaine, n’ait pas été suffisamment préparé à une représentation scénique, les enfants se préoccupant plus de leurs parents en salle plutôt que de sonner la trompette de la garde montante. Le chœur de Più di Voce, composé de professionnels et de stagiaires non professionnels issus du stage d’Opéra sont parfaitement convaincants dans leur jeu comme dans leur chant. L’homogénéité des voix fait écho au jeu théâtral particulièrement engagé, à une projection maîtrisée et une diction bien travaillée.