Mathieu Herzog, altiste renommé et désormais chef d’orchestre remarqué, enseignant son art au conservatoire Rachmaninov de Paris entreprend un vaste cycle de l’œuvre orchestral et concertant du maître russe.
Avec son orchestre Appassionato, Mathieu Herzog se lance dans un cycle Rachmaninov qui doit inclure la totalité de l’œuvre symphonique et concertant du maître russe. Le premier volume qui parvient aujourd’hui, reflet d’un concert donné à la Seine musicale en 2025, se présente sous la forme d’un double album au minutage particulièrement peu généreux (environ quarante minutes pour chaque CD).
Le premier ne comporte que le monumental Concerto n° 3. Le pianiste russe Nikita Mndoyants en donne une lecture d’une grande clarté, d’un sentiment retenu qui évite les épanchements auxquels de mauvais interprètes ont trop souvent associé la musique du compositeur, mais a contrario manquant quelque peu de passion et de flamme. Il est dommage cependant que l’orchestre Appassionato ne parvienne pas à lui donner une réplique convaincante ; la réunion d’instrumentistes de haut niveau mais limitée aux circonstances des concerts ne donne pas une cohésion suffisante à l’ensemble. Les belles individualités, notamment des vents, sont déparées par des cordes manquant d’homogénéité et de noblesse de timbre, ce qui est d’autant plus surprenant que Mathieu Herzog est lui-même altiste (il a été l’alto du Quatuor Ebène à sa création). Que ce concert ait séduit ses auditeurs, on le croit aisément mais la discographie est si riche avec tant de gravures magistrales (Rachmaninov lui-même, Horowitz bien sûr, Argerich ou tout récemment la réussite de Trifonov avec Nézet-Seguin) que cette nouvelle venue peine à trouver sa place.
Le second CD regroupe le scherzo de jeunesse à l’allégresse mendelssohnienne et la première symphonie dont l’échec de la création (sous la baguette d’un Glazounov apparemment pris de boisson) allait précipiter le compositeur dans une dépression profonde dont il ne devait sortir que par l’écriture du deuxième concerto. L’interprétation enflammée de Mathieu Herzog pourra séduire même si le final manque de précision à force de vouloir trop souligner l’indication « con fuoco ». A nouveau, l’orchestre montre parfois ses limites et l’exécution ne peut rivaliser avec celles d’Ashkenazy, Rojdestvensky ou Svetlanov. Un album au programme intéressant et homogène reflet d’un beau concert mais qui peine à trouver sa place dans une discographie conséquente.