Dans Villani-Côrtes: Unreleased Piano Works, Danieli Longo rassemble trente-six minutes de musique pour piano jusque-là absente de la discographie du compositeur brésilien Edmundo Villani-Côrtes, né en 1930. Composées à différentes étapes de sa carrière, ces œuvres font apparaître, dans un format resserré, plusieurs constantes de son écriture : goût du rythme, contrastes marqués et présence récurrente du chant.
Pianiste, enseignante et chercheuse, Danieli Longo entretient de longue date un rapport privilégié avec Villani-Côrtes, qui a joué un rôle important dans sa formation. Le travail mené sur ces manuscrits nourrit et prolonge ainsi naturellement une activité où l’interprétation s’accompagne d’un travail sur les sources.
Les cinq Ponteios (1963-1987) ouvrent le programme. Le premier prend l’allure d’une danse lyrique et indécise, animée par un mouvement continu ; le deuxième se fait plus suspendu et mélancolique, tandis que le troisième affirme un caractère plus chorégraphique et virtuose. Avec le quatrième revient une atmosphère de suspension, particulièrement sensible dans les silences et les diminuendos de Longo ; plus dense dans l’accumulation de ses tensions et énigmatique dans son dénouement, le cinquième referme l’ensemble.
Un usage mesuré de la pédale laisse toute sa place à une articulation nette, parfois presque mécanique mais jamais sèche. Cette précision, l’un des traits du jeu de Longo, convient particulièrement à une écriture où le rythme participe pleinement de la couleur pianistique.
Avec Ritmata n° 3, l’écriture se fait plus nettement percussive. Des accords presque frappés répondent à des notes isolées plus mélodiques, avant de conduire à un développement continu et progressivement virtuose.
La Sonate n° 2, A lenda dos Alatás constitue le centre de gravité du programme. Le premier mouvement, Datino e Maracá, associe impulsion rythmique, virtuosité et légèreté. Dans O Pranto da Natureza, la pulsation devient obstinée et l’articulation plus rude, sans que la tension ne se relâche ; Longo préserve la lisibilité d’une texture particulièrement dense. L’Adagio final, A Morte de Datino, tranche par un lyrisme ample et intense, aux accents postromantiques.
Les Cinco Miniaturas Brasileiras condensent plusieurs traits caractéristiques de Villani-Côrtes, les références aux musiques populaires brésiliennes s’intégrant à une écriture qui lui est propre. Dans le Prelúdio, une ligne chantée se détache d’un accompagnement rythmique continu ; la Toada associe élan mélodique et pulsation, tandis que le Choro Miniatura alterne accords rythmiques et lignes plus mobiles. La Cantiga de Ninar ouvre une parenthèse contemplative et nostalgique, avant qu’un Baião très affirmé n’achève le programme dans une puissante impulsion rythmique.
Danieli Longo se montre à son aise dans cette succession de caractères contrastés. Son jeu sait varier les couleurs tout en restant très attentif à la nature propre du clavier du clavier : attaques franches lorsque l’écriture le demande, articulation précise, chant plus libre dans les épisodes lyriques. Elle ne cherche pas à lisser les aspérités de ces pièces et différencie avec soin les atmosphères contemplatives des passages davantage fondés sur l’élan rythmique ou la percussion.
La prise de son restitue avec clarté le piano, même si certaines nuances auraient parfois gagné à davantage de profondeur, notamment dans les passages les plus subtils. Cette légère réserve n’entame pas l’intérêt d’une publication qui ne tient pas seulement au caractère inédit des partitions. Par la diversité de ses climats et la cohérence de son parcours, le disque permet de mieux cerner l’univers pianistique de Villani-Côrtes et d’en apprécier les multiples facettes.