Dernier volume consacré aux quatuors de Weinberg par l’Arcadia Quartet, l’intégrale désormais achevée d’un des grands cycles pour cordes du XXe siècle confirme le talent indéniable de cette formation concentrée sur le répertoire d’Europe centrale.
Le temps de Weinberg semble venu : les productions consacrées à un des auteurs les plus intéressants du dernier siècle, sans être exponentielles, n’en sont pas moins d’une grande qualité. Après les Danel en 2012, les Silesien en 2023, tous remarquables par ailleurs, on comptera désormais avec cette troisième intégrale en moins de quinze ans. Reflet d’une époque tourmentée et d’un parcours humain dramatique, la musique de Weinberg est tellement riche en contenu qu’elle permet plusieurs approches artistiques totalement complémentaires.
L’interprétation des Arcadia consiste en un jeu d’une grande finesse, où les quatre cordes donnent l’impression d’individualiser leur pupitre sans pour autant chercher à se mettre en valeur et rompre de ce fait l’harmonie du discours. Il ne s’agit pas non plus d’un bloc massif qui transforme le quatuor en une symphonie désorchestrée. On entendra donc du contraste entre les pupitres, un son ciselé, très clair dans le déroulement du discours. Quelques limites apparaissent çà et là, mineures : par exemple, le début atonal sinistre du Quatuor n°12 dû à un tempo très lent qui a tendance à engluer les sons sans les faire ressortir. Le vibrato maîtrisé, l’absence de pathos au profit d’une expression très naturelle vont dans le sens d’une démocratisation et d’une ouverture expressive propre à convaincre les auditeurs les moins avertis. Point de volonté démonstrative ici, l’interprétation laisse l’oreille trouver son chemin, chercher sa vérité. La prise de son est elle aussi adaptée à la formation.