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Les passions contrariées de Mel Bonis

Personnalité modeste, victime des préjugés sexistes de son temps, la compositrice fait l’objet d’une intéressante rétrospective orchestrale par le WDR Sinfonieorchester sous la direction de .

« Une vie« … Le titre du roman de Guy de Maupassant pourrait coller à l’existence de (1858-1937). La vie d’une femme de la deuxième moitié du XIXe siècle, modeste et talentueuse, dont les préjugés sexistes de son temps ont empêché l’épanouissement personnel. Elève douée de , de , la jeune Mélanie Bonis, se verra privée de conservatoire par ses parents afin qu’elle ne fréquente plus l’amour de sa vie, son camarade de classe Amédée Landey Hettich, l’obligeant à un mariage arrangé avec un riche homme d’affaires. C’est dans ce contexte corseté que tentera toutefois de s’épanouir (un prénom d’artiste neutre choisi pour cacher son identité féminine), vivant malgré tout une passion secrète avec son amour de jeunesse, dont elle aura un enfant caché. Cette vie de soumission, mais à l’abri du besoin, va permettre à Mel Bonis de se consacrer à son art et de nous léguer près de 300 œuvres, musique de chambre, mélodies, musique de piano, et quelques pièces orchestrales dont , à la tête du WDR Sinfonieorchester de Cologne nous livre une quasi intégrale.

Contrairement à (1847-1903) ou (1804-1875), symphonistes de haut vol, Mel Bonis ne s’est jamais vraiment attachée à la grande forme, préférant adapter et orchestrer quelques courtes pièces pour piano. Ce qui peut laisser un certain sentiment de frustration et de non achèvement, tant les qualités d’orchestration de la compositrice sont réels. Notamment dans le cycle Trois femmes de légende qui ouvre l’album. De 1897 à 1913, Mel Bonis va composer toute une série de pièces pour piano en hommage à des femmes célèbres de la mythologie ou de la littérature. Trois d’entre elles font l’objet d’une orchestration : Le Songe de Cléopâtre, Ophélie et Salomé. Malgré sa détestation de Debussy, Mel Bonis reste très proche du maître français par le chatoiement de ses harmonies, les sonorités éthérées et les moirures des bois et des cordes. Le Songe de Cléopâtre et Salomé n’échappent pas à certains clichés orientalistes, à la mode à l’époque, avec tambours et clochettes. Ophélie, par sa mélancolie, révèle un peu plus le tempérament douloureux de Mel Bonis. La phalange allemande possède les couleurs adéquates pour révéler les multiples mystères de cette musique qui ne cherche pas le spectaculaire. reste cependant un peu sage dans sa direction, là où on attend un peu plus de passion et de deuil.

L’orientalisme est encore de rigueur dans la bien nommée Suite orientale op. 48 à l’orchestration raffinée. Plus anecdotiques apparaissent Les Gitanos op.15, une « espagnolade » bien loin de l’humour de l’Espana de Chabrier, ou encore une bien sage Suite en forme de valses. Beaucoup plus intéressantes sont les Trois danses pour orchestre, adaptées de pièces pour piano que Mel Bonis avait composées pour ses enfants. Cette Bourrée, cette Pavane et cette Sarabande aux effluves très fauréennes sont des pièces merveilleusement orchestrées où bois et cordes se marient à merveille.

Les pièces vocales sont d’un intérêt inégal, dont nous retiendrons toutefois l’émouvant Noël de la Vierge Marie op.54. Derrière la piété simple et sincère de l’œuvre se révèle une tendre berceuse d’une mère pour son enfant. Un bonheur beaucoup trop court (à peine cinq minutes), à l’image de l’œuvre et de la vie de Mel Bonis.

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