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Phonème à Perpignan : d’Éliane Radigue au dance floor

Porté par l’ensemble Flashback et son directeur , le festival Phonème à Perpignan ouvre un espace où la création sonore se vit autant qu’elle s’écoute. Entre musique électroacoustique, art numérique et nouveau format, l’édition 2026 du 9 au 12 septembre, affirme une volonté de faire dialoguer les sons avec les lieux et les publics, dans une approche à la fois exigeante et ouverte. Son directeur nous en dévoile plus en détail la programmation.  

ResMusica : Vous êtes fondateur et directeur de la compagnie Flashback ; quel serait, selon vous, l’ADN de cette structure ?

: Initialement, c’est une structure que j’avais fondée pour promouvoir mon propre travail et, assez rapidement, j’ai senti le besoin de m’entourer d’interprètes, d’artistes visuels et de réalisateurs en informatique ; à travers la création sonore, les arts numériques et les passerelles interdisciplinaires, avec les arts visuels notamment, Flashback se dédie aujourd’hui aux formes de spectacles immersifs dans le champ de la musique contemporaine.

RM : De quel soutien bénéficiez-vous ? Comment se porte aujourd’hui, financièrement parlant, un organisme comme le vôtre ?

 AV : La situation est extrêmement fragile au point d’avoir envisagé l’année dernière, de mettre la clef sous la porte. Nous avons été sauvés par nos tutelles, DRAC, région, département et ville et l’appui du CNM (aide à la restructuration) grâce à qui nous avons survécu. Je pense que l’on vit nos dernières années sur ce modèle économique de financement et qu’il faut trouver aujourd’hui d’autres pistes. Nos compétences en matière de nouvelles technologies et d’art visuel peuvent faire l’objet de rémunération si on les enseigne. Nous avons donc, depuis deux ans, une activité de formateurs qui a pris son essor et qui assure une partie de notre fonctionnement interne. C’est une manière d’anticiper ce moment de bascule, dans les cinq années à venir, vers une politique de financement qui ressemblera beaucoup plus à celle qui prévaut au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, avec des fonds privés qui devront prendre le relais et des ressources propres. Nous sommes en marche vers cette nouvelle restructuration en développant des activités lucratives autour de nos savoir-faire et une production de spectacles audiovisuels avec des formats qui soient adaptables et vendables.

RM : Vous parlez, dans votre édito, de onze années de célébration du son dans toutes ses résonances. À quel rythme se succèdent les éditions du festival ?

AV : S’agissant du festival proprement dit, il est biennal et ce sera la deuxième édition en septembre prochain. Mais il succède à une programmation de saison qui portait le même nom, Phonème, avec, en moyenne, un concert par mois durant toute l’année. Ainsi, depuis 2015, nous avons accueilli une centaine de compositeurs, passé des commandes, fait des résidences et des premières, en région, dans toute la France et en réseau international.

RM : Le phonème est cet intermédiaire entre le son et le mot, déjà sonnant mais pas encore compréhensible : il est donc question d’un in between, un laboratoire pour imaginer de nouveaux formats de concerts et une authentique expérience sensorielle proposée au public…

 AV : Le terme de « phonème » m’a été soufflé par un ami improvisateur, Mathieu Garouste, qui a travaillé à mes côtés. Le choix du mot m’a semblé étrange dans un premier temps mais j’ai réalisé qu’avec le phonème, cette plus petite dénomination du son et ses associations qui peuvent commencer à prendre du sens, nous étions dans la même démarche que celle de la composition : une association de petits fragments qui va donner naissance à une forme. Personnellement, je suis attaché au mantra, formule magique en lien avec les phonèmes, des mots qui se construisent et qui ont une incidence sur le passé, le présent et le futur, pour proposer une lecture du son atemporelle. Cet intitulé me convient donc parfaitement, il est en parfaite harmonie avec mes intentions.

RM : Quels sont les lieux investis durant le festival ?

AV : Cette année, nous accueillons du 9 au 12 septembre, au Centre d’Art Contemporain (CAC) de Perpignan, six installations interactives d’artistes venus d’horizons divers. La partie scénique, des 11 et 12 septembre, initialement prévue au Théâtre municipal, est rapatriée au Couvent des Carmes, un superbe édifice à ciel ouvert attenant à La Casa musicale, le centre culturel perpignanais où aura lieu le final, sous forme de boîte de nuit avec le « dance floor ».

RM : Plus que soucieuse de parité, cette deuxième édition fait la part belle aux artistes féminines.   Quelles sont les personnalités à l’affiche ; y a-t-il des invitées en résidence ?

AV : On a voulu cette année donner toute leur visibilité aux compositrices, mais peut-être pas autant qu’on l’aurait souhaité dans le projet initial ; néanmoins, nous débutons le festival par un hommage à , cette grande dame de l’art acousmatique qui nous a quittés cette année et dont j’aurai l’immense plaisir de projeter la musique. Nous avons également passé commande à que l’on va accueillir une dizaine de jours au Centre d’art Contemporain pour finaliser sa pièce électronique multicanale. Elle sera donnée en création juste après l’hommage à Radigue. Nous recevons également une artiste émergente venue du Canada, Dada, qui mettra tout son talent dans une performance scénique très originale. , une Sétoise, revient avec son installation sonore et lumineuse interactive « Extinction » et je serai moi-même en dialogue avec Clara Klaus, une artiste plasticienne, fille du guitariste flamenco Pedro Soler décédé en août 2024 à qui elle rend hommage à travers un texte très touchant issu de l’écriture automatique auquel j’apporte un environnement sonore.

RM : Vous mentionnez également dans le programme la lauréate du Réseau de Création Musicale Pyrénées Méditerranée (RCMPM) ? De quel concours s’agit-il ?

AV : La lauréate est la jeune compositrice mentionnée ci-dessus. Tous les deux ans, un certain nombre d’acteurs culturels de la Catalogne, des Îles Baléares et de l’Occitanie, un réseau que j’ai moi-même initié, se réunissent pour attribuer des bourses de création ; le projet est principalement soutenu par l’Euro-région et parfois par l’Institut Ramon Llull de la Catalogne espagnole. Nous avons attribué cette année six bourses et choisi un lauréat par institution, programmé dans les festivals respectifs : Phonème, Pablo Casals, Mixtur, Klang, etc.

RM : Vous annoncez à 22h30, le 11 septembre au Couvent des Carmes, un concert « Lightphorms » ; de quoi s’agit-il exactement ?

AV : C’est un concert immersif de 50 minutes conçu par deux artistes, sonore et visuel, qui viennent du Colorado et qui font une tournée en Europe, de la Lozère à Barcelone. Le public sera muni de lunettes 3D pour ce spectacle audiovisuel auquel l’espace des Carmes donnera toute son envergure.

RM : Est-ce que l’improvisation aura sa place dans la manifestation et, si c’est le cas, sous quelle forme ?

AV : Oui, elle sera présente et sous diverses formes : avec Dada, notamment, l’artiste sonore déjà citée, qui improvisera sur la scène avec ses propres outils reliés à des pédales d’effets et de distorsion. L’improvisation sera également sollicitée, et dans toutes ses ressources, à la toute fin du festival avec le « Projet Lafaille » que j’ai lancé il y a plus de vingt ans. Il s’agit de quatre musiciens venus du jazz expérimental et de l’électro, une basse, un synthétiseur, un sampleur et une basse électrique. L’idée est de monter sur scène sans se concerter, avec le désir d’imiter la performance du DJ et de faire danser le public. Une manière participative et joyeuse de refermer cette deuxième édition de Phonème.

Crédit photographique : © Flashback

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