Le chorégraphe britannique Sir Richard Alston, l’une des figures majeures de la danse contemporaine au Royaume-Uni, est décédé lundi 7 septembre 2026 à l’âge de 77 ans. Il s’est éteint paisiblement à son domicile après une période de maladie, a annoncé la Richard Alston Foundation. En plus d’un demi-siècle de création, il aura profondément marqué la danse britannique par une écriture d’une exceptionnelle musicalité, nourrie notamment par sa rencontre avec Merce Cunningham.
Né dans le Sussex en 1948, Richard Alston se forme à la London Contemporary Dance School, nouvellement créée au sein de The Place. Il y signe dès 1968 sa première pièce, Transit. Quatre ans plus tard, il fonde Strider, considéré comme le premier groupe de danse indépendant britannique. En 1975, il part pour New York étudier au Merce Cunningham Dance Studio et auprès d’Alfredo Corvino. La découverte de Cunningham, mais aussi de Trisha Brown, Balanchine et Bournonville, sera déterminante dans la construction de son langage chorégraphique.
De retour en Europe en 1977, il travaille comme chorégraphe et pédagogue avant d’être nommé, en 1980, chorégraphe résident du Ballet Rambert, dont il prend la direction artistique en 1986. Durant cette période, il crée 25 pièces pour la compagnie et contribue à sa transformation en Rambert Dance Company. Parallèlement, il est invité par de grandes compagnies, notamment le Ballet royal du Danemark, pour lequel il crée Kingdom of Pagodas en 1982, et le Royal Ballet, avec Midsummer en 1983.
Après son départ de Rambert en 1992, Richard Alston poursuit une carrière internationale. En France, il crée notamment Le Marteau sans maître, sur la partition de Pierre Boulez, pour le Ballet Atlantique à La Rochelle. En 1994, une nouvelle étape majeure s’ouvre lorsqu’il prend la direction artistique de The Place, institution emblématique de la danse contemporaine londonienne, et y fonde la Richard Alston Dance Company. Il dirigera The Place pendant plus de vingt ans et créera plus de cinquante pièces pour sa propre compagnie, qui cessera ses activités en mars 2020.
Au fil d’une carrière de plus de cinquante ans et de plus de 200 œuvres, Richard Alston développe une esthétique immédiatement reconnaissable, fondée sur la clarté du mouvement, la construction spatiale et surtout une relation organique à la musique. Bach, Monteverdi, Britten, Stravinsky, Steve Reich ou encore le jazz constituent autant de territoires qu’il explore par le mouvement. « J’ai toujours la musique », répondait-il lorsqu’on lui demandait comment il surmontait une difficulté de création. Chez lui, la partition n’était jamais un simple accompagnement : elle constituait véritablement l’architecture de la danse.
Cette fidélité à la musicalité, à la forme et à la beauté place Richard Alston dans une position singulière au sein de la danse contemporaine britannique. À rebours d’une recherche systématique de la rupture, il revendiquait une danse abstraite, élégante et rigoureusement construite. « Pour faire avancer une forme artistique, il n’est pas nécessaire d’en repousser les limites ; on peut creuser au cœur même de sa matière », déclarait-il en 2004 au New York Times.
Son influence s’est également exercée à travers la transmission. À The Place et à la London Contemporary Dance School, il défend notamment l’enseignement de la technique Cunningham et accompagne plusieurs générations de danseurs et chorégraphes. Jusqu’aux dernières semaines de sa vie, il continuait à suivre le travail des étudiants de la London Contemporary Dance School et, depuis l’hôpital, leur adressait encore remarques et encouragements.
Richard Alston a également créé pour de nombreuses compagnies internationales, parmi lesquelles le Ballet Theatre Munich, Ballet Black, Scottish Ballet, New York Theatre Ballet, Phoenix Dance Theatre ou Miami City Ballet, pour lequel il remonte Carmen en 2015.
Son œuvre et son action ont été couronnées de nombreuses distinctions. La France le fait chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres en 1995. Il reçoit le titre de CBE en 2001, le De Valois Award for Outstanding Achievement des National Dance Awards en 2008 et l’Award for Excellence in International Dance de l’International Theatre Institute en 2012. En 2019, il est anobli par la reine Elizabeth II pour services rendus à la danse.
Dans son hommage, The Place salue un artiste qui aura consacré sa vie à « rendre visible par la danse ce qu’il entendait ». La Richard Alston Foundation, qui annonce la poursuite de ses activités, veillera désormais à la transmission de l’œuvre de ce chorégraphe majeur, dont l’exigence de musicalité, de précision et de beauté aura durablement façonné la danse contemporaine britannique. (DG)