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Perle noire à Garnier : méditations brouillées pour Joséphine Baker

L’Opéra Garnier ouvre sa saison par Perle Noire, méditations pour Joséphine. Plutôt qu’un hommage à la star incomparable et militante , le spectacle interroge frontalement la place de l’artiste noir dans la société.

Développé par le metteur en scène , la soprano , le compositeur et la poétesse Claudia Rankine, Perle Noire, méditations pour Joséphine entend s’inspirer du personnage de pour exprimer le mal-être des artistes noirs face à un public blanc. En essayant d’imaginer les tourments intérieurs qu’auraient pu avoir , les créateurs américains semblent oublier que la France des années 20-30 n’avait rien à voir avec la société américaine de cette époque. On ne nie pas que le racisme était présent bien sûr mais, pour nombre d’artistes noirs américains persécutés dans leur pays, la France représentait alors la liberté et la possibilité d’une émancipation. C’est d’ailleurs ainsi que Joséphine Baker a pu mener une carrière exceptionnelle au point de devenir l’artiste la plus payée de l’époque et la première artiste noire à faire une carrière internationale. Installée en France à partir de 1925, elle y a fait sa vie, s’est engagée dans la Résistance pendant la guerre et a créé, dans son château des Milandes, sa « tribu arc en ciel » en adoptant avec son mari douze enfants de nationalités différentes, afin de démontrer, par l’exemple, que le vivre ensemble est possible. 

En voulant déconstruire le mythe Baker, en y mêlant les préoccupations actuelles, les auteurs brouillent le message et désarçonnent le public (composé en grande partie de touristes attirés par une pièce en anglais surtitré) s’attendant à un spectacle surfant sur le music-hall qui a fait les beaux jours de la star américaine. Si on en apprend très peu sur l’artiste dans ce spectacle, on a toutefois la possibilité d’entendre les paroles de quelques-unes des chansons qu’elle a interprétées. Afin d’en accentuer l’impact, le compositeur les a arrangées, ralenties, étirées en longueur, entrecoupées de silences ou d’improvisations musicales… geste typique de son style qui mêle partition écrite et liberté d’interprétation.

La voix merveilleuse et la force d’interprétation de la soprano donnent corps à ce spectacle de théâtre musical déroutant qui mêle, chant, textes poétiques ou revendicatifs de Claudia Rankine, musique live frôlant parfois la dissonance. Dans un décor dépouillé de tout artifice, la chanteuse américaine occupe tout l’espace et l’attention par son interprétation habitée. On peut cependant regretter que sa voix ne soit pas davantage exploitée dans des moments chantés, paradoxalement assez rares, empêchant l’émotion de réellement passer de l’interprète au public.

Donné pour neuf représentations à l’Opéra de Paris, ce spectacle créé en 2016 au Dutch National Opéra d’Amsterdam en présence de six musiciens de talent, a été conçu pour sans cesse évoluer, notamment musicalement. Pour l’heure, il manque de faire revivre l’artiste au destin remarquable qui a su se jouer des stéréotypes en se posant non en victime mais en militante active.

Crédit photographique : © Benoite Fanton /Opéra national de Paris

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